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Benedikt Stampa, directeur du Festspielhaus und Festspiele Baden-Baden : « Si vous voulez de l’exclusivité, vous devez être exclusifs ! »

Benedikt Stampa, directeur du Festspielhaus und Festspiele Baden-Baden : « Si vous voulez de l’exclusivité, vous devez être exclusifs ! »

Connaît-on vraiment le Festspielhaus und Festspiele Baden-Baden ? Les mélomanes du monde entier ont bien évidemment entendu parler de la salle et surtout de sa programmation luxueuse mais seuls les spectateurs ayant assisté à une représentation peuvent témoigner de l’acoustique assez exceptionnelle de celle qui est aujourd’hui la plus grande salle de concert de musique classique d’Allemagne. Avec une capacité qui s’approche de celle de l’Opéra Bastille, le Festspielhaus possède bien des points communs avec l’opéra parisien à une différence près, Baden-Baden est une ville de 56 000 habitants tandis que Paris compte un peu plus de spectateurs potentiels.

Benedikt Stampa © Christian Grund -  Festspielhaus Baden Baden © Andrea Kremper

La musique et l’opéra sont attendus en gare en 1998

La capacité d’environ 2 500 places raconte déjà une partie de l’histoire du bâtiment. Baden-Baden a toujours attiré les nombreux voyageurs et la belle société qui arrivait par train pour profiter de ses sources. La charmante et paisible ville connaît son âge d’or au XIXᵉ siècle, lorsqu’elle devient la station thermale la plus en vue d’Europe. La gare centrale Grand-ducale de Baden-Baden, construite en 1904, devient obsolète avec le déclin du tourisme thermal et la modernisation de la circulation ferroviaire. En 1977, avec la mise en service d’une nouvelle gare en dehors du quartier historique, Baden-Baden n’est plus le terminus qui accueillait l’élite européenne. Élégante et monumentale, la gare a toujours fait partie intégrante d’une mise en scène. On y descendait du train presque au cœur de la ville-station, dans un décor pensé pour le prestige. Il était donc impensable de la détruire. Après une longue phase d’abandon, la renaissance viendra dans les années 1990 lorsqu’il sera décidé d’installer l’entrée du nouveau Festspielhaus Baden-Baden dans cet ancien lieu de transit. La longue façade historique néoclassique a été conservée et intégrée à une structure contemporaine abritant l’auditorium, la scène, les foyers et les espaces publics qui occupent la surface autrefois utilisée par les voies de chemin de fer.

Thomas Hengelbrock chef de La Grande Gare sur des rails

Festspielhaus Baden Baden © DR

Une particularité de la saison badenoise est de proposer une succession de festivals, sept en 2026. À l’occasion de « La Grande Gare », le festival d'automne en novembre 2025, nous avons eu l’opportunité de rencontrer Benedikt Stampa, directeur général du Festspielhaus und Festspiele Baden-Baden, qui nous a parlé avec enthousiasme de sa programmation et de son amour pour Baden-Baden, sa ville d’adoption, lors d’un entretien exclusif. Le Festspielhaus Baden-Baden ayant ouvert ses portes le 18 avril 1998, l’on aurait pu imaginer qu’il était déjà en train de construire une saison 2028 de célébrations mais comme il l’explique : « Je viens de Hambourg et dans cette ville, ne compte que ce qui a plus de 100 ans d’existence ! ». Et d’ajouter avec malice : « Nous avons célébré le 25ème anniversaire, ce qui est déjà bien ». Le Festspielhaus n’est pas une maison d’opéra ou une salle de concert comme les autres car, comme son nom de « Maison des Festivals » l’indique, il n’y a pas un spectacle par jour mais une succession de grands événements regroupés autour d’un artiste ou d’un thème. Chaque manifestation possède son articulation et son existence propre. Pour « La Grande Gare » Thomas Hengelbrock est le seul maître à bord. Il a choisi une distribution de jeunes chanteurs, à l’affiche de La Cenerentola de Rossini, ce qui peut être un risque, nous confie Benedikt Stampa. Pour créer l’événement, il convient de faire venir des artistes de renommée internationale mais, en découvrant le résultat, il a eu la confirmation que le chef du Balthasar-Neumann-Ensemble avait fait le bon choix pour la seule représentation de cette production qui a été conçue et montée uniquement pour Baden-Baden. « Si vous voulez de l’exclusivité, vous devez être exclusifs ! C’est notre modèle. » ajoute le directeur.

Salzbourg et Baden-Baden, Pâques de stabilité

Festspielhaus Baden-Baden Saal © Thomas Straub

Autre grand rendez-vous, le Festival de Pâques a récemment fait l’actualité. Créé à Salzbourg par Herbert von Karajan en 1967, l’Osterfestspiele du Berliner Philharmoniker a déménagé au Festspielhaus Baden-Baden en 2013, prêt à accueillir l’une des plus grandes manifestations de l’année, mais en 2026, l’institution fera son retour à Salzbourg. « Ce n’est pas un divorce », explique Stampa, car le prestigieux ensemble prévoit de revenir lors d’un long week-end la saison prochaine. Il avoue avoir parfois une petite larme à l’œil parce que, comme tous les mélomanes, il aime profondément l’orchestre mais il garde le sourire. Ce départ lui a offert l’opportunité d’installer son propre Festival de Pâques, l’Osterfestspiele Baden-Baden avec maintenant deux autres formations prestigieuses. Sur 10 jours de festivités, le Mahler Chamber Orchestra dirigé par Joana Mallwitz et le Koninklijk Concertgebouworkest par Klaus Mäkelä se partageront les représentations d’opéra et les concerts. Il est important pour le Festspielhaus und Festspiele Baden-Baden de construire un partenariat sur plusieurs années avec deux jeunes et talentueux artistes européens, l’une allemande et l’autre finlandais, qui vivent et représentent l’idéal européen. Et Stampa de souligner : « C’est un peu le style européen que je mets en avant ici ». Et à la question d’une éventuelle rivalité entre Salzbourg et Baden-Baden, il conclut de manière délicate qu’elle n’existe pas et même qu’il est important d’avoir deux villes de festivals de cette portée en Europe. « C’est une émulation plus qu’une compétition ! » même s’il reconnaît que son but est de faire de Baden-Baden la plus grande ville de festivals d’Allemagne.

Yannick de Montréal, Yannick de New York mais surtout Yannick de Baden-Baden

Yannick Nézet-Séguin © Paola Kudacki

Baden-Baden comme Salzbourg souffrent d’une image de belles endormies ce qui n’est pas vrai. L’engouement pour le Festival Takeover (en janvier-février) plutôt à destination des jeunes spectateurs et qui se concentre sur la danse moderne et la création musicale prouve le contraire. La jeunesse a toute sa place dans ces événements participatifs qui sont bons pour l’image de la ville de Baden-Baden et ses habitants, dit-il. Avec les rendez-vous les plus anciens comme le Festival de danse « The World of John Neumeier » et le Festival de Pentecôte avec le SWR Symphonieorchester, le Festspielhaus reçoit des spectateurs venus d’Allemagne à 70%, du Benelux, de France et de Suisse à 20% et selon les années de 10-15% du reste du monde. Les mélomanes américains viennent en nombre l’été pour assister au Sommerfestspiele de Yannick Nézet-Séguin parce que ce que fait le directeur musical du Metropolitan Opera à Baden-Baden est unique. Pour Benedikt Stampa, c’est un rêve devenu réalité non seulement parce qu’il admire son travail mais surtout parce qu’il entretient une relation amicale avec le chef étincelant qui a débuté alors qu’il était encore directeur du Konzerthaus Dortmund. Les deux amis se sont promis de collaborer aussi longtemps qu’il sera en poste. Stampa se réjouit tout particulièrement des prochains concerts qu’il dirigera à la tête du Chamber Orchestra of Europe puis sans doute du London Symphony Orchestra la saison prochaine, autour du répertoire romantique avec des œuvres de Weber ou encore le concerto pour violon de Beethoven. Le nom est déjà choisi : « Capitale d’été » en français dans le texte parce que Baden-Baden était la villégiature des parisiens l’été.

Baden-Baden sous le ciel étoilé avec les stars, toutes les stars !

Benedikt Stampa © HRC

Lorsqu’il évoque la ville, le directeur du Festspielhaus und Festspiele Baden-Baden s’enflamme. « Baden-Baden est fantastique. C’est vert, il y a du soleil, des jardins, des roseraies, cinq hôtels 5 étoiles, des restaurants étoilés Michelin... C’est « the place to be ! ». Mais il regrette que son passé prestigieux soit si peu mis en valeur, la ville ayant été la destination la plus importante du XIXe siècle. Même récemment, « Boulez a habité ici 60 ans. Nous avons d’ailleurs renommé la place devant notre salle « Pierre-Boulez-Platz ». Le grand chorégraphe John Neumeier fréquente Baden-Baden depuis 30 ans maintenant comme Gergiev qui est souvent venu. C’est une ville d’artistes et pour les artistes ». Une autre particularité de la salle de concert est son financement réalisé aux 2/3 par sa billetterie et par des soutiens privés (ce qui est l’inverse la plupart du temps pour les autres institutions). Benedikt Stampa construit ses programmations grâce aux fonds privés qu’il récolte chaque année, la stabilité étant assurée par une base de donateurs très solide. La pyramide est organisée en amis donateurs jusqu’aux cercles de mécènes qui offrent 9 millions d’euros provenant d’Allemagne mais aussi de Belgique, de Suisse, de France, d’Italie, d’Angleterre et même du Japon. Et lorsqu’on lui demande s’il peut nous annoncer quelques scoops sur les années à venir, il botte en touche en évoquant tous les partenariats qu’il a déjà mis en place sur le long terme et ces affiches d’exception : John Neumeier, Teodor Currentzis, Cecilia Bartoli, Anna Netrebko, Jonas Kaufmann (un ami de Baden-Baden), Ludovic Tézier, Piotr Beczała… À ses yeux, il est important de dire que rien ici n’est comparable et que tous sont fans de Baden-Baden. Ville unique en Allemagne, elle est à la fois française mais également suisse ou russe grâce aux relations entre les pays qui y ont créé une tradition. « C’est sans doute à Baden-Baden qu’une culture européenne s’est construite pour la première fois et dans cette gare qui est le lieu de l’échange et de la culture. Ici tout commence ! ».

Festspielhaus Baden Baden © Andrea Kremper

La Saison de Baden-Baden

  

Propos recueillis le 17 novembre 2025

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