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Numéros de haute voltige pour Bartoli A. & Spyres M. à Gstaad

Avec le fameux concert du Nouvel An viennois, il y a désormais une nouvelle façon de passer les fêtes de fin d’année dans l’opulence. Les affiches du Gstaad New Year Music Festival semblent garantir le grand frisson. Explication…

Anastasia Bartoli, Michael Spyres © Patricia Dietzi / Gstaad New Year Music Festival 2025-2026

Gstaad serait-elle la nouvelle grande ville suisse des festivals, à l’instar de Salzbourg ou de Baden-Baden ? Avec l’historique Menuhin Festival Gstaad & Academy qui s’apprête à fêter ses 70 ans cette saison et depuis 2001, les Sommets musicaux que gravit maintenant Renaud Capuçon, le Gstaad New Year Music Festival est le petit dernier créé par Caroline Murat comme les Sommets musicaux. Entre Noël et l’Épiphanie, les festivaliers très gâtés jouissent des plus belles affiches de stars lyriques depuis maintenant 20 ans. Le 2 janvier 2026, dans la charmante église de Rougemont qui contient une centaine de places, chaudement collés les uns aux autres, manteaux de fourrure et parkas molletonnées ont réservé un bel accueil aux deux grands artistes du jour, la soprano Anastasia Bartoli et le ténor star Michael Spyres.

Figaro qua, Michael là ! à toute vitesse…

Anastasia Bartoli, Michael Spyres © Patricia Dietzi / Gstaad New Year Music Festival 2025-2026

Récital express d’une heure, le programme de ces « Lovers Forever Arias » faisait alterner airs et duos d’opéra très connus accompagnés au piano par Vincenzo Scalera, avec une ouverture en fanfare. La voluptueuse Anastasia Bartoli a en effet ouvert le bal avec le célébrissime « Una voce poco fa », extrait d’Il Barbiere di Siviglia de Rossini. Découverte à Pesaro, la soprano est une familière du compositeur mais, récital oblige, elle délaisse le style pour une démonstration vocale assez flamboyante. Graves sonores, aigus puissants, elle ajoute des ornements et fait le show. Michael Spyres lui emboîte le pas avec le « Largo al factotum », célèbre air de Figaro que le baritenor s’amuse à chanter dans une tessiture époustouflante qu’il est le seul à exploiter avec un talent rare. Enregistré chez Erato en 2021 dans l’album « Baritenor », l’air déjà extravagant prend au concert toute sa démesure, l’artiste survolant les vocalises diaboliques de Rossini et ce rôle de baryton avec le panache attendu. Le joli duo de La Bohème précède le superbe air de La Wally de Catalani pris étonnamment très vite. Pressée par son pianiste ou par le dîner des 20 ans du Festival au Gstaad Yacht Club prévu après le concert, la soprano n’a pu développer son large soprano réduit à la démonstration de décibels dans cette pièce où l’on attend les alanguissements et l’extase dramatique.

Tout n’est que chant et beauté, luxe, style et volupté

Michael Spyres © Patricia Dietzi / Gstaad New Year Music Festival 2025-2026

Une différence d’approche se remarquait déjà dans « O soave fanciulla » où le pianissimo du ténor a été légèrement écrasé par l’aigu ouvert de la soprano déséquilibrant parfois l’ensemble. Michael Spyres aura donc notre préférence avec son respect de la partition et du style de chaque compositeur tout en imprimant sa patte grâce à sa voix et son timbre si particulier. « Vesti la giubba » (extrait de Pagliacci de Leoncavallo) de grande classe évite les pleurs véristes trop souvent ajoutés à un air dramatique qui se suffit à lui-même. Avec son chant investi et une voix qui s’épanouit admirablement, il accompagne sa partenaire dans le duo de La Traviata où elle trouve ses marques et le ton adéquat. Après un Intermezzo au piano de Manuel Maria Ponce Cuéllar assez anecdotique, Vincenzo Scalera continue d’accompagner avec professionnalisme les deux voix dans un programme plus léger avec des extraits d’opérettes viennoises et de comédies musicales. « I Could Have Dance All Night » gentiment débraillé de My Fair Lady ne semble pas exactement convenir aux grands moyens de la belle Anastasia tandis que Spyres livre une leçon de beau chant dans les extraits de Die lustige Witwe de Lehár avant une Danza de Di Capua virtuose et tourbillonnante qui n’oublie jamais la ligne de chant. L’incontournable « Libiamo » de Traviata viendra en bis avec « Tonight » de West Side Story de Bernstein et surtout le grand air de Werther « Pourquoi me réveiller » magnifique. Un autre incontournable « O mio babbino caro » sera chanté par Anastasia Bartoli et une autre soprano (Asmik Grigorian) le lendemain ouvrant les comparaisons. Il se dit que le programme prévu à l’origine pour Nadine Sierra n’aurait pas été changé desservant la soprano plus habituée aux rôles dramatiques. La première soirée à Gstaad avec et sous les étoiles aura néanmoins permis de goûter à cette ambiance particulière teintée de luxe pour le mélomane chanceux.

Anastasia Bartoli, Michael Spyres © Patricia Dietzi / Gstaad New Year Music Festival 2025-2026

L'agenda de Michael Spyres
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