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Hurlements à l’Opéra-Comique avec le Werther de Pene Pati

Hurlements à l’Opéra-Comique avec le Werther de Pene Pati

En moins d’un an, deux Werther ont été proposés à Paris. Alors que la production de Christof Loy a fait l’unanimité au TCE, le match n’a pas été plié pour autant laissant même quelques avantages à la nouvelle production de l’Opéra-Comique. Explications…

Pene Pati (Werther), Adèle Charvet (Charlotte) © Jean-Louis Fernandez

Paris a toujours eu de la chance avec ses Werther. Les mélomanes ont tous en mémoire le Jonas Kaufmann de 2010 à Bastille et la récente production de Christof Loy au Théâtre des Champs-Elysées. Les plus anciens gardent un souvenir ému d’Alfredo Kraus qui, à 66 ans, a chanté sur la scène de l’Opéra-Comique aux côtés de l’exceptionnelle Martine Dupuy. Depuis cette production de 1994, le titre n’était pas revenu à l’affiche du théâtre qui a pourtant accueilli sa première française. La nouvelle production de Ted Huffman, dont la première a eu lieu le 19 janvier 2026 (jour de « Blue Monday », idéal pour les suicidaires comme Werther !) avait tout de l’événement. Elle permettait au public parisien de faire mieux connaissance avec le metteur en scène, fraîchement nommé directeur du Festival d’Aix. L’autre intérêt des mélomanes était d’entendre en version scénique le premier Werther de Pene Pati et la première Charlotte d’Adèle Charvet. Ils ont été accueillis aux saluts par des hurlements tout comme l’ensemble des artistes !

Le blanc, c’est salissant surtout quand on se suicide dessus !

Adèle Charvet (Charlotte), Pene Pati (Werther) © Jean-Louis Fernandez

Il est très fréquent d’entendre des bravos sonores Salle Favart, la scène la plus fertile de Paris, mais l’enthousiasme du public ce soir de première a fait basculer le succès en triomphe. Il n’y a pourtant pas eu de révolution du côté de la mise en scène, comme avec Christof Loy au Théâtre des Champs-Elysées, mais une fidélité au texte qui est à verser au crédit de Ted Huffman. Dans une belle épure, l’homme de théâtre a choisi de concentrer son travail sur le jeu de ses acteurs. Au sol, un grand cadre blanc délimite l’espace rejetant les accessoires, chaises, meubles et même un orgue, tout autour. Ces éléments amenés dans la lumière (très beau travail de Bertrand Couderc) constitueront le décor de la maison du Bailli, du jardin, de l’auberge jusqu’à l’appartement de Werther. Au dernier acte, entièrement dépouillée, la scène toute blanche sera finalement recouverte d’une flaque du sang qui coule le long des bras du héros. L’effet est doublement saisissant avec Pene Pati qui chante son agonie couché et dans un pianissimo en demi-teinte absolument remarquable. La découverte du Roméo et Juliette de Gounod en 2021 sur cette même scène continue à exceller dans le répertoire français. Les dimensions de la Salle Favart et son acoustique lui sont particulièrement favorables pour livrer une leçon de chant. Avec une diction rayonnante, le plus remarquable est sans doute l’éventail des nuances qui lui permet de varier son chant pour composer son personnage. Grâce à la direction d’acteur ciselée de Ted Huffman, le Werther de Pene Pati restera comme l’un des plus grands de sa génération.

Pene efface Benjamin mais Raphaël ne fait pas oublier Marc

Adèle Charvet (Charlotte), John Chest (Albert) © Jean-Louis Fernandez

Comme son partenaire, la toute jeune Adèle Charvet est-elle une Charlotte idéale ? Vocalement, quelques passages tendus ne l’empêchent pas d’incarner son personnage avec profondeur, naturel et une modernité bienvenue. L’air des larmes, chanté comme on parle, est bouleversant avec une diction qui ravit. Elle forme avec Julie Roset un duo de sœurs complice dans une belle alchimie de timbre. La lauréate Opéralia 2023 est une évidence dans le rôle de Sophie que l’on a rarement entendu aussi bien chanté avec justesse et facilité. La réussite de la soirée tient en grande partie à la qualité de la distribution vocale où l’on retrouve notamment Carl Ghazarossian, très bon Schmidt, l’impeccable Christian Immler (Le Bailli) et Jean-Christophe Lanièce (Johann), interprète de luxe. Il est d’ailleurs étonnant d’avoir préféré John Chest à ce dernier. Sans démériter mais un cran en dessous, le baryton américain qui couvre facilement la tessiture du rôle d’Albert ne semble pas toujours comprendre ce qu’il chante. Au contraire, les petits artistes de la Maîtrise Populaire de l'Opéra-Comique jouent la comédie en faisant honneur à la prosodie. Depuis Lakmé et de nombreuses autres productions, on sait que Raphaël Pichon anime le théâtre dans les partitions qu’il regarde avec un œil historiquement informé. Volontaire, le chef fait parler et impose souvent Pygmalion, son orchestre impliqué, qui déborde parfois. Quelques couacs des vents font dresser l’oreille dans cet ensemble où le drame est appuyé par des contrastes marqués. Malgré toutes ses qualités, Pichon n’efface pas tout à fait le souvenir laissé par Marc Leroy-Calatayud, plus subtil, à la tête de l’orchestre Les Siècles. Rappelons que dans la production vue au Théâtre des Champs-Elysées en mars dernier, un certain Benjamin Bernheimy était Werther, preuve étant faite qu’abondance de biens…

 Le spectacle sera diffusé le 23 janvier 2026 en direct et restera disponible plusieurs mois sur arte.tv.

Pene Pati à l'affiche

Pene Pati (Werther) © Jean-Louis Fernandez

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