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L’Isolde du siècle s’affiche en grand et en mondovision

L’Isolde du siècle s’affiche en grand et en mondovision

Une salle qui refuse la presse n’est jamais un bon signe mais s’il s’avère que c’est par manque de places, alors cela annonce sans aucun doute un événement majeur. C’est au cinéma que des milliers de spectateurs ont pu en juger. Explication…

Lise Davidsen - Tristan und Isolde © Metropolitan Opera

Fait rare au Metropolitan Opera de New York, une date supplémentaire a été ajoutée aux représentations de Tristan und Isolde. Il faut dire que la distribution proposée avait de quoi susciter l’excitation. Pour entendre Lise Davidsen, la nouvelle Isolde, certains mélomanes auraient pu parcourir l’océan à la nage tant la soprano était attendue dans ce rôle wagnérien mythique. Grâce au programme « The MET : Live in HD », l’événement de la saison a été retransmis en direct, le 21 mars 2026, dans plus de 150 salles de cinéma en France et également dans le monde. Malgré un son soigné qui ne saurait remplacer l’expérience de la salle d’opéra, la retransmission a dépassé les attentes, réservant bien des surprises.

En Isolde, Lise Davidsen envoie le Pathé !

Voilà déjà 20 ans que les productions du Met s’affichent en grand sur les écrans des cinémas comme le Pathé Wepler où, ce samedi après-midi, une clientèle d’habitués attend sagement le début d’une séance un peu spéciale, d’une durée de 5h29 précises. Dès l’entrée dans la salle de cinéma, tout est en place pour offrir une expérience immersive d’une réalité à peine augmentée. Sur l’écran, les images de la belle et grande salle du Met sont animées du murmure des spectateurs qui prennent place à New York comme à Paris. Confortablement installés, ils sont accueillis en « live » par la charmante Lisette Oropesa qui présente le spectacle et les artistes « amazing ». Les premiers gros plans sur le visage fermé d’Isolde/Davidsen brouilleront légèrement l’illusion juste le temps de se laisser porter par l’incandescence du jeu de l’artiste. Il est bien évidemment impossible de rendre compte de la puissance du chant de la soprano dans un retransmission filmée et pourtant, ceux qui connaissaient déjà la voix de Lise Davidsen sont tombés en pamoison tant la performance est exceptionnelle. Du cri de vengeance dardé jusqu’à l’abandon du Liebestod, la wagnérienne est capable d’une impressionnante puissance et de pianissimos délicats sans que jamais la ligne vocale ne soit prise en défaut. Les gros plans révèlent une intelligence du mot avec un engagement dramatique exceptionnel.

Attention, un miracle peut en cacher un autre !

Il faut dire que la mise en scène très réussie de Yuval Sharon a tiré parti du talent de ses comédiens. Dans une approche moderne, il propose deux niveaux de lectures. Au premier plan, un couple se déchire autour d’une table, et au-dessus d’eux un immense cercle qui évoluera au fil des actes. Représentant d’abord la cale du bateau, il s’étire pour devenir un tunnel vers la mort rappelant une Montée des bienheureux vers l'empyrée stylisée du polyptique de Jérôme Bosch. Dans son agonie, Tristan passe de la table où il est allongé à l’espace symbolisant sa transcendance. Les héros sont également incarnés par deux figurants et même si le jeu de chassé-croisé de ce couple à quatre n’est pas toujours fluide, il permet l’actualisation du mythe en ouvrant une belle fenêtre de catharsis. Avec l’Isolde de Lise Davidsen, nous nous attendions à un miracle mais pas à ce doublé. Michael Spyres est un incroyable ténor avec une tessiture de couteau suisse qui lui permet allègrement de passer des rôles légers à un répertoire plus lourd. Son tout premier Tristan sur scène est non seulement une révélation mais un idéal ! Le timbre suave apporte une sensualité inédite au rôle d’Heldentenor que l’artiste domine sans aucune fatigue apparente au redoutable troisième acte. Metropolitan Opera oblige, l’ensemble de la distribution appelle les éloges, à commencer par le très émouvant Ryan Speedo Green en König Marke. Comme lui, Ekaterina Gubanova assure une prestation vocale de premier plan en Brangäne ce qui est moins le cas pour Kurwenal. Même s’il aurait fallu être dans la salle pour pouvoir en juger pleinement, Tomasz Konieczny accuse un vibrato prononcé qui s’estompera au troisième acte, fort heureusement. Il convient de citer également le Melot glaçant de Thomas Glass, le berger empathique de Jonas Hacker, tous deux très bien chantants, et bien sûr, Yannick Nézet-Séguin. Le chef québécois empoigne la partition, lui donnant profondeur mais aussi éclat à la tête d’un orchestre superlatif.  Avec Tristan und Isolde de Wagner en direct de New York, les spectateurs ont vécu un moment rare et il est à ne pas douter qu’il entrera dans la grande légende de l’Opéra dans quelques années…

Fureur et stupeur au Théâtre des Champs-Élysées avec Orlando

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