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Chen Reiss : "La veille d’un spectacle, vous ne pouvez pas faire la fête."

Chen Reiss : "La veille d’un spectacle, vous ne pouvez pas faire la fête."

Parfois il nous est donné la chance de pouvoir rencontrer des artistes sensibles et délicats. La jeune soprano Chen Reiss nous a accordé une interview à quelques jours du concert qu’elle s’apprête à donner au Théâtre des Champs-Elysées, le 26 janvier prochain. 
Chen Reiss partage son temps entre New York et Vienne où elle se produit très régulièrement. Née en Israël, elle emménage très jeune à New York où elle étudie le chant classique. Elle démarre sa carrière à Munich. Elle y rejoint la troupe du Bayerische Staatsoper. C’est là qu’elle chante Gilda et Nanetta pour la première fois ainsi que Sophie du Rosenkavalier. A l’Opéra de Vienne, elle interprète Pamina, Sophie et en mai  2012, Servilia. Elle se produit souvent au concert avec des orchestres prestigieux. Elle a déjà chanté au Musikverein, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au Carnegie Hall, au Teatro alla Scala, au Semperoper de Dresde, au Deutsche Oper, à Hambourg, à Florence, à Salzbourg, à Lucerne … et seulement deux fois à Paris !
Il est urgent de découvrir cette jeune artiste dont on parle déjà partout en des termes très élogieux (son nouveau Cd « Liaisons » a d’ailleurs reçu un Diapason d’Or de la revue Diapason). Chen Reiss nous a confié qu’elle est tombé amoureuse de Paris lors de sa première venue, à 12 ans. Depuis, elle rêve d’avoir les moyens d’y passer au moins trois mois de vacances, juste pour le plaisir…
Nul doute que le public parisien tombera sous son charme à son tour et qu’il voudra la voir plus souvent à Paris mais pour le travail aussi !

 Chen Reiss © Paul Marc Mitchell

Chen Reiss © Paul Marc Mitchell

Propos recueillis par @HuguesRameau le 29 décembre 2011.

Les français vous connaissent pour vous avoir entendu en Nanetta du Falstaff du TCE en 2010  puis dans un merveilleux Requiem de Fauré à Pleyel avec l’orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi qui a fait l’objet d’une captation. Mais quelle surprise, vous n’êtes pas dans le Cd paru depuis ?

C’est un choix de la compagnie de disque qui a voulu Philippe Jaroussky. Mais le concert a été également enregistré sur le vif pour un dvd qui paraîtra en avril avec Matthias Goerne. C’est un merveilleux collègue et c’est vraiment l’un de mes chanteurs préféré. J’ai vu Tannhäuser à Vienne où il était absolument fantastique. A Paris, cela a été un moment incroyable. J’adore Paris !
J’ai failli venir pour la première série de représentation de Falstaff au TCE, en 2008 au dernier moment, car la soprano initialement prévue a annulé sa participation. Malheureusement, je ne pouvais pas annuler l’engagement que j’avais à Hambourg. Je respecte toujours mes engagements, c’est quelque chose d’important pour moi. Mais j’étais quand même déçue de ne pouvoir venir à Paris. Heureusement Dominique Meyer a de nouveau pensé à moi pour la reprise du spectacle et ce furent mes débuts à Paris. 
Cette Nanetta m’a porté chance car j’ai immédiatement été invitée à chanter le Requiem de Fauré avec l’Orchestre de Paris et dans la foulée, on m’a engagée pour le concert que je vais donner le 26 janvier au TCE avec l’Orchestre national de France et Daniele Gatti.

 

Vous êtes déjà très connue en Allemagne, en Autriche, aux Etats-Unis où vous avez déjà chanté au Carnegie Hall mais pourquoi encore si peu en France ?

C’est une bonne question. Peut-être ce sont les grandes villes… L’Allemagne, l’Autriche et la Suisse sont des pays qui donnent peut-être plus leur chance aux jeunes chanteurs. A New York, il faut que vous soyez déjà une star reconnue partout ailleurs avant de chanter au Metropolitan. Je ne sais pas vraiment comment cela se passe en France où il y a des chanteurs prestigieux. Peut-être les français donnent plus d’opportunités à leurs artistes. Les chanteuses comme Patricia Petibon ou Sandrine Piau que j’aime beaucoup ne sont pas justes des belles voix mais des grandes artistes, elles ont du style. Ce sont des femmes formidables. 

 

Mais comme à New York, il a fallu qu’elles se fassent connaître ailleurs avant de chanter à l’Opéra national de Paris…

Les engagements, c’est quelque chose de très étrange parfois car il n’y a pas vraiment de règle. Parfois, cela n’a rien à voir avec la qualité. Ce n’est pas parce que vous êtes le meilleur chanteur que vous obtiendrez le meilleur engagement. 
Je crois que la voix, c’est quelque chose de très subjectif, plus que les instruments comme le piano, le violon... Bien sûr on peut dire « j’aime ce pianiste » ou pas mais la voix est une chose unique. C’est vraiment l’instrument divin. Pourquoi telle voix va vous émouvoir aux larmes alors qu’elle laissera complètement froid votre voisin ? C’est une question de goût.

 

 

Comment découvre-t-on qu’on a une voix ?

J’ai toujours chanté, déjà enfant… Ma mère était chanteuse. Je suis donc né dans un environnement musical. Nous écoutions de l’opéra tout le temps. Je jouais aussi du piano et je faisais de la danse classique. J’adorais le ballet. J’avais d’ailleurs un professeur de danse qui était français comme ma nounou. Je savais parler français mais faute de pratique, hélas, je ne le parle plus vraiment ! J’étais aussi entourée de musique allemande parce que mes grands-parents hongrois parlaient allemand. J’ai toujours chanté pour ma famille ou pour mes amis, à l’école… En fait, j’ai toujours su que j’avais une voix.
Mais ce n’est pas le tout. La décision importante a été de choisir de consacrer ma vie à la musique. J’ai fait mes études à New York. Les premières auditions sont toujours assez difficiles. On peut se sentir pas trop rassurée et si vous n’avez pas suffisamment confiance en vous, c’est fichu ! Il faut être convaincue que ce que vous faites est vraiment ce que vous voulez faire.

 

Est-ce que vous travaillez votre voix tous les jours ?

Oui, presque tous les jours parce que je répète beaucoup. Bien sûr, j’essaie de faire des pauses et par exemple, après un concert ou entre deux représentations, je me repose. J’essaie de ne pas donner trop d’interviews, j’évite les lieux trop bruyants et trop enfumés. Mais bien évidemment, je ne m’empêche pas de discuter avec mes amis.
Je réserve aussi dans mon emploi du temps, des périodes juste pour l’étude. J’ai la chance d’avoir beaucoup d’engagements, et il faut être bien organisée pour apprendre les nouvelles partitions, les rôles, les mélodies… La plupart du temps, je vais à New York pour travailler avec mon professeur ou bien avec les répétiteurs à Vienne ou à Munich. C’est une manière de faire qui me convient bien.
On doit toujours être entièrement dévoué à sa voix. Votre corps, c’est votre instrument de musique. Par exemple, la veille d’un spectacle, vous ne pouvez pas faire la fête. Vous devez toujours faire attention aux courants d’air, à ce que vous mangez… Vous devez avoir une vraie discipline. C’est une vraie vie de servitude !
Il faut toujours être en bonne santé, pas seulement physique mais aussi mentale. Car si jamais vous avez peur ou si vous ne vous sentez pas solide, cela s’entend dans la voix. Même si vous avez une bonne technique, vous devez apprendre à maîtriser vos nerfs pour réussir à être complètement décontractée sur scène ou pendant une audition, ce qui est encore plus difficile. Il faut pouvoir laisser libre cours à votre expressivité et se placer dans cette zone de créativité. Parce qu’après tout, avec toute la technique et tout ce que nous apprenons, le plus important est de se produire pour partager ses sentiments et toujours de manière spontanée pour créer dans le moment…

 

 

Lors du concert à Paris, le 26 janvier, vous allez chanter la version orchestrale du « Pâtre sur le rocher » de Schubert mais aussi la suite de Lulu d’Alban Berg. Est-ce une partition difficile à apprendre ?

Oui, c’est très difficile.

 

Est-ce que vous chanterez Lulu, un jour ?

Peut-être, on me l’a déjà proposé mais c’est trop tôt. C’est un rôle très dramatique et il faut attendre encore. 
A ce niveau de ma carrière, je chante plus de concerts que d’opéras et j’ai la chance de pouvoir choisir les rôles. Au début, quand vous faites partie d’un ensemble, vous devez chanter ce que l’on vous propose. Il y a des compositeurs que j’aimais plus que d’autres et parfois, j’ai fait des choses que je trouvais moins intéressantes mais c’est formateur ! J’ai une voix très flexible, je peux chanter beaucoup de choses, du baroque et du classique… Si je refuse un rôle, et ça arrive souvent, c’est que cela ne convient pas à ma voix. Traviata, Lucia, Lulu, Micaëla… c’est trop tôt pour moi même si ce sont des grands rôles que j’adorerais faire. Je choisis toujours ce qui convient le mieux à ma voix et à ma personnalité. 
Quand je prépare mes récitals, je choisis avec le pianiste. C’est un travail d’équipe, bien sûr. Je suis encore plus libre quand je fais un Cd. Je choisis moi-même ce que je veux. Bien sûr, je reste toujours ouverte et à l’écoute des suggestions du chef d’orchestre. 
D’ailleurs, mon prochain Cd inclura du répertoire français…

 

 

Votre nouveau Cd, « Liaisons » qui a reçu un Diapason d’or, propose des airs de Haydn, Salieri, Cimarosa et Mozart. Ce sont vos compositeurs de prédilection ? 

Mozart tient une place importante. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours chanté les héroïnes de Mozart : Blondchen, Zerlina, Susanna et cette année Pamina et Servilia… et aussi les oeuvres religieuses. 
Pour le Cd, nous avons choisi Haydn, Salieri et Cimarosa parce que nous voulions montrer les connexions (d’où le titre « Liaisons ») entre ces compositeurs. Ils sont dans une certaine mesure assez similaires. Ils travaillaient tous à la même époque à Vienne sur les mêmes thèmes d’opéras, avec les mêmes librettistes, les mêmes chanteurs… Vienne était un petit monde. Tout le monde se connaissait et s’influençait. Mais chaque compositeur a tout de même apporté sa touche personnelle.
On se focalise presque toujours sur Mozart. Or Salieri était un compositeur très important et il avait beaucoup plus de succès. On a souvent écrit que les oeuvres de Mozart sont supérieures. Moi je ne dis pas cela, je ne les compare pas. C’est juste que chaque compositeur a un langage différent. Sans nul doute, les personnages de Mozart ont une réelle profondeur peut-être plus complexe que ceux de Cimarosa ou Salieri mais cela ne veut pas dire que leur musique est moins digne d’intérêt. Les arias de Salieri par exemple sont très agréables à chanter. Son écriture est très brillante et il met très bien en avant toutes les possibilités de la voix.

 

 

Mozart reste beaucoup plus joué que Salieri ou Cimarosa. Quand on observe les programmations d’Opéra aujourd’hui les directeurs misent plus sur Les Noces de Figaro ou sur Traviata ou pour remplir les salles…

Je vois ce que vous voulez dire. Il y a une influence de la finance sur l’art et ceci depuis toujours. Bien sûr, les Opéras doivent remplir leurs salles mais il faudrait que les directeurs artistiques habituent le public à entendre d’autres choses en leur proposant d’autres oeuvres. Il y a tant de belles choses chez Cimarosa ou Haydn. Je pense aussi à Janacek qui est un compositeur fantastique, ou encore Korngold, Zemlinsky ou même les opéras de Schubert qui devraient être joués plus souvent. J’ai constaté qu’en France, les programmes sont souvent très originaux, tout particulièrement pour la musique baroque que l’on entend pas forcément ailleurs dans le monde.
Si vous regardez l’histoire, il y a eu beaucoup d’œuvres oubliées. La Sonnambula, qui fait partie aujourd’hui du répertoire, doit beaucoup à Callas. Le bel canto a refleuri grâce à elle et à Caballé, Sutherland… Imaginez si Mendelssohn n’avait pas été là, nous aurions même oublié la musique de Bach. C’eut été vraiment dommage !
Je dis souvent que ma religion c’est la musique mais Bach, c’est vraiment mon compositeur préféré !

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