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Le Festival de Radio France ressuscite Kassya de Leo Delibes

Le Festival de Radio France ressuscite Kassya de Leo Delibes

Il y a des festivals où l’on ose faire renaître les défunts sans faire fuir les mélomanes, bien au contraire ! A Montpellier, le Festival de Radio France Occitanie Montpellier exhume Kassya, dernier opéra de Léo Delibes et l’on découvre qu’il n’y a pas que Lakmé dans la vie. Compte-rendu…

 © Luc Jennepin

© Luc Jennepin

Le Festival de Radio France Occitanie Montpellier est un laboratoire. Chaque été, il offre aux mélomanes curieux de savantes exhumations d’opéra. Les habitués ont tous en mémoire au moins une représentation car depuis maintenant 34 ans, de nombreux titres sont réapparus avec des succès variés. Jouissant d’une complète liberté, le Festival peut s’aventurer sur des terres inconnues. Avec l’Orchestre national Montpellier Occitanie, il nous a offert ce samedi 21 juillet, de redécouvrir Kassya, opéra posthume en quatre actes de Léo Delibes. Mort brutalement, le compositeur de Lakmé a laissé sa dernière œuvre inachevée.

Grâce au soutien de Jules Massenet qui en a assuré l’orchestration, la création a eu lieu à l’Opéra-Comique, le 24 mars 1893. Mais l’homme à la mode de l’époque étant plutôt Richard Wagner, les beautés de la peu novatrice Kassya furent vite oubliées après quelques représentations. L’Histoire de la musique classique a retenu les ballets Sylvia, Coppélia et la Source mais a complètement oublié les opérettes et la plupart des opéras, restés enfouis sous le succès de Lakmé. Delibes reste aujourd’hui encore un compositeur célèbre mais bien méconnu. 

Les spectateurs du XIXe siècle peuvent comprendre a posteriori l’insuccès de l’ouvrage car la construction dramatique manque de ressort. L’action se déroule en Galicie où la vénéneuse Kassya fait le malheur de Cyrille, amoureux transi. Oscillant entre Manon et Carmen et même si elle est défendue avec conviction par Véronique Gens, l’héroïne peine à émouvoir car sa psychologie reste trop fluctuante. Il manque sans doute une scène comme celle de la petite table de Manon pour assoir ce personnage. Concernant la musique, passé un premier acte bien terne hormis un bel air du ténor, l’on ne retrouve que partiellement les charmes de Lakmé avec quelques touches d’orientalisme. Un déchirant trio et quelques arias sauvent la version de concert parfaitement exécutée. L’on ne pouvait rêver meilleure distribution pour cette résurrection. La palme revient sans doute à Cyrille Dubois qui dans le rôle de Cyrille (sic) récolte les plus beaux airs dans la droite ligne de ceux de Gérald dans Lakmé. Le ténor se montre comme toujours très investi, vibrant et émouvant avec une voix maîtrisée. 

Faust voit une demeure chaste et pure et Kassya, la baraque !

Il est difficile de faire reproche à Véronique Gens de ne pas être le personnage lorsque celui-ci n’existe pas. Comme au Théâtre des Champs-Elysées le mois dernier, la « sensation Marguerite » du Faust première version n’a pas joué ici même si l’actrice et la chanteuse sont restées concernées avec une sincérité palpable. Alexandre Duhamel profite de son solide baryton pour camper le vilain de service avec grand talent. Comme toujours, Anne-Catherine Gillet enchante avec sa voix claire et son délicieux phrasé. La soprano défend également avec sincérité Sonia, le personnage pourtant rebattu de l’amoureuse délaissée. Dans le rôle du père, Renaud Delaigue complète la bonne distribution où se détachent tout particulièrement Rémy Mathieu (qui grâce à son timbre marqué, se distingue en quelques phrases) et Anas Seguin. Le baryton possède une belle présence naturelle et s’impose sans difficulté contrairement à Jean-Gabriel Saint-Martin, trop inégal. Dans le rôle d’une bohémienne qui en rappelle fortement une autre, Nora Gubisch est magnifique et donne un relief bienvenu à sa scène. 

Laissant rugir son orchestre, le chef Michael Schønwandt a sans doute oublié qu’il n’était pas dans la fosse mais les artistes ont pu compter sur son grand savoir-faire. En revanche, le Chœur de la Radio Lettone est venu quelque peu gâcher les parties chorales (avec également le bon Chœur Opéra Montpellier Occitanie) avec une prononciation trop relâchée. 
Sans avoir complètement succombé aux charmes de Kassya, nous sortons cependant convaincus par la représentation. Nous serions bien ingrats de ne pas remercier le Festival de Radio France Occitanie Montpellier qui nous a offert avec luxe, le plaisir de la découverte, moteur de toutes les passions…

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