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Ezgi Karakaya remporte la 9ème édition du Leyla Gencer Voice Competition d’Istanbul

Ezgi Karakaya remporte la 9ème édition du Leyla Gencer Voice Competition d’Istanbul

Parmi les grandes capitales de la culture, Istanbul tient une place de choix. A l’opéra, la soprano turque Leyla Gencer est tout simplement une des plus grandes voix du XXe siècle. Aussi, lorsque la métropole accueille la 9ème édition du Concours de Chant Leyla Gencer, le mélomane accourt et s’enthousiasme ! Résultat…

 Ezgi Karakaya © Ozge Balkan

Ezgi Karakaya © Ozge Balkan

L’admirable soprano Leyla Gencer reste pour tous les mélomanes la Diva Turca, actrice de la Donizetti Renaissance et artiste majeure de la scène lyrique internationale. Il n’est pas un amateur de bel canto au monde qui ne vénère Leyla Gencer, disparue il y a dix ans tout juste.

 Leyla Gencer - Foto Pozzar Trieste

Leyla Gencer - Foto Pozzar Trieste

Pourtant moins exposée que ses divines contemporaines, elle n’en demeure pas moins l’une des plus grandes interprètes du XXe siècle, célébrée à raison dans son pays natal. Depuis 1995, le concours de chant qui porte son nom a couronné Marcelo Álvarez, Anita Rachvelishvili, Pretty Yende, Fatma Said ou Nino Machaidze, l’ancienne élève de Leyla Gencer. Professeure de chant reconnue, la soprano a consacré une grande partie de sa carrière à la transmission de son Art en assurant notamment la direction artistique de l’Accademia di Canto del Teatro alla Scala. L’institution milanaise soutient naturellement l’événement en association avec le Borusan Sanat et l’İKSV (La Fondation d’Istanbul pour la Culture et les Arts) pour cette neuvième édition.

Du 23 au 28 septembre 2018, une quarantaine de jeunes artistes se sont présentés au concours. Enfin, le samedi, les neuf derniers candidats se sont retrouvés sur la scène de l’ICEC Lütfi Kırdar d’Istanbul pour disputer la finale. Le concert de gala présenté avec élégance et décontraction par l’acteur Halit Ergenç, a été dirigé par Pietro Mianiti. Le chef (actuel directeur de l’Orchestra dell'Accademia Teatro alla Scala) s’est montré attentif, à la tête du Borusan Istanbul Philharmonic Orchestra. L’on retrouve avec grand plaisir la jeunesse des musiciens toujours parfaitement investis notamment dans une décoiffante ouverture de Guillaume Tell de Rossini.

Et maintenant, place à la compétition

 Les finalistes © Ozge Balkan

Les finalistes © Ozge Balkan

La soprano sud-coréenne So Young Park a ouvert le bal avec un air des bijoux de Gounod sans grand intérêt malgré une qualité de timbre et une prononciation correcte. Avec un nom prédestiné, la soprano italienne Sara Rossini a interprété du Verdi avec quelques défauts, notamment dans des aigus coincés qui nous ont empêché d’apprécier la prestation. Chiara Tirotta, italienne elle aussi mais mezzo se hisse sans mal au niveau du concours international. Elle fait sensation dans le fameux « Nacqui all’affanno… non più mesta » de Cenerentola de Rossini sans toutefois parvenir à exploser dans le final.

Dans l’air de Mimì, l’intervention de la première artiste turque, la soprano Selin Uzun laisse dubitatif car le timbre intéressant se révèle plutôt dans les graves. Le ténor polonais Piotr Buszewski ne convainc pas non plus dans le très familier « La donna é mobile » avec des aigus coincés dans le nez et un manque de naturel. Autre tube du répertoire, « Una voce poco fa » du Barbiere di Siviglia de Rossini a été choisi à dessein par la mezzo italo-allemande Anna Doris Capitelli pour mettre en avant une très bonne technique au service d’un jeu spontané. Avec des aigus conquérants, les quelques notes dans les joues ne freinent pas les vocalises.

Nul n’est prophète en son pays ! Et pourtant…

Après avoir entendu Ezgi Karakaya, nous savions que nous allions retrouver le nom de la mezzo turque au palmarès. Cette belle voix au timbre riche a capté l’auditoire sur-le-champ dans l’air de La Favorite de Donizetti « O moi Fernando », en italien. Contrairement à sa compatriote, il a manqué au baryton turc Faik Mansuroglu l’homogénéité de timbre sur toute la tessiture dans l’air de Renato du Ballo in maschera de Verdi. Enfin, dans « Ombra di mia prosapia » de La Gioconda, Dogukan Özkan est parvenu à se faire remarquer facilement grâce à sa belle prestance et surtout grâce à une voix qui se développera sans nul doute. La carrière du jeune bayton-basse turc (né en 1992) est assurément à suivre de près.

And the winner is

Après une ouverture d’Attila de Verdi étirée, l’heure du verdict a sonné. Les prix spéciaux ont tout d’abord distingué Faik Mansuroğlu, convié par le Royal Opera House de Londres à participer au Jette Parker Young Artists Programme pendant quatre mois. Doğukan Özkan décroche un engagement au Deutsche Oper Berlin. Ezgi Karakaya est invitée à se produire avec le Borusan Istanbul Philharmonic Orchestra. Une bourse sera versée à Piotr Buszewski pour qu’il participe pendant trois mois à l’Accademia Teatro alla Scala.

 Ezgi Karakaya © Ozge Balkan

Ezgi Karakaya © Ozge Balkan

Sous la présidence du célèbre baryton Renato Bruson, les membres du jury ont décerné le troisième prix au ténor polonais qui a su les séduire tout au long des épreuves. Anna Doris Capitelli se hisse à la deuxième place. Et enfin, le premier prix du Concours Leyla Gencer 2018 est attribué à Ezgi Karakaya qui glane au passage tous les suffrages pour remporter en plus, le prix du public.

Toutes nos félicitations à la magnifique lauréate que nous espérons vivement retrouver sur toutes les scènes internationales !

Istanbul attend toujours son grand opéra Leyla Gencer

Après cette belle soirée et l’euphorie retombée, on ne peut s’empêcher de quitter Istanbul avec une légère amertume. Cette superbe capitale européenne de la culture qui possède tant d’attraits n’a toujours pas d’opéra et de salle de concert dignes de son rang. Sur la place Taksim, rien n’est encore sorti des ruines de l’ancien Atatürk Cultural Center. L’érection du grand centre se fait toujours attendre tandis que de l’autre côté de la place, un nouvel édifice religieux devrait être inauguré d’ici peu. Mais la culture n’a pas dit son dernier mot. Grâce aux efforts conjugués de l’IKSV, du Borusan Sanat et des amis fidèles de Leyla Gencer, le Concours devrait avoir lieu tous les deux ans désormais. Avec les concerts du Borusan Istanbul Philharmonic Orchestra et les quelques représentations au Süreyya Opera House, les occasions de défendre la culture à Istanbul sont nombreuses. « All'armi! All'armi! Eccone presti a pugnar teco! »

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