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Lucas Debargue et Rémi Geniet, folle journée à La Roque d'Anthéron

Lucas Debargue et Rémi Geniet, folle journée à La Roque d'Anthéron

Le piano français se porte très bien avec ses grands noms et également, de nouveaux artistes de talent. Aussi, lorsque le premier Festival de piano au monde invite Lucas Debargue et Rémi Geniet à se produire sur une scène mythique, la fièvre monte-t-elle d’un cran ? Compte-rendu…

 Lucas Debargue - Parc du Château de Florans © Christophe Grémiot

Lucas Debargue - Parc du Château de Florans © Christophe Grémiot

Les journées pourraient se suivre et se ressembler au Festival International de Piano de La Roque d'Anthéron. Pourtant, ce mardi 7 août 2018 est un jour un peu spécial car hommage est rendu à Rena Shereshevskaya. La pianiste et pédagogue réputée est particulièrement dans l’actualité du clavier français pour avoir formé entre autres, Rémi Geniet, 2ème Prix du Concours Reine Elisabeth de Belgique en 2013 et surtout, le phénomène Lucas Debargue, 4ème Prix et Prix spécial de la Critique au Concours international Tchaïkovski de Moscou en 2014.

En cette Journée du Piano, la fièvre est contagieuse lorsqu’elle touche les passionnés avec pas moins de cinq rendez-vous proposés par le Festival de 11h00 à 23h00. La jeune garde est présentée par les récitals de Dmitry Sin et de Maroussia Gentet au Centre Sportif et Culturel Marcel Pagnol qui entourent une masterclasse de la professeure Rena Shereshevskaya dans la Salle des Fêtes Marcel Pagnol. Mais les deux événements à ne pas manquer étaient assurément les récitals de piano au Parc du Château de Florans.

 Rémi Geniet © Samuel Cortès

Rémi Geniet © Samuel Cortès

A 18h00, sous un soleil de plomb, Rémi Geniet a entamé son récital avec la Chaconne de Bach transcrite pour piano par Busoni. L’approche sèche avec un jeu délayé laisse entrevoir une personnalité déjà affirmée. Il faut dire que le parcours du jeune artiste est prestigieux. Du haut de ses 25 ans, le plus jeune lauréat du Concours international Beethoven de Bonn a enregistré deux disques dont l’un consacré à Bach, particulièrement remarquable. Lors du concert, la fougueuse démonstration semble cependant manquer de construction, le pianiste s’inspirant sans doute plus de Busoni que du Cantor de Leipzig. De même, dans la célèbre Sonate « Appassionata » de Beethoven, l’interprétation de Geniet se place plutôt du côté de la démonstration que de la sensibilité.

L’Allegro assai en devient un peu agressif mais l’artiste fait forte impression dans le Presto final où les notes galopent après un Andante assez plat. La Suite de Petrouchka de Stravinsky est sans doute l’œuvre au programme qui convient le mieux pour exprimer fougue et puissance. Avec un moment de mystère assez bien rendu dans le deuxième mouvement et des moments de folie bienvenus, l’ensemble est toutefois trop souvent martelé. En bis, après un sobre Tchaikovsky, la Valse de Ravel est exécutée de façon endiablée comme il se doit mais avec un piano contenu. L’on aurait aimé trouver ce même équilibre dans les autres œuvres pour pleinement apprécier le talent de ce bel artiste.

La Roque d'Anthéron, Chopin, Lucas Debargue, triplé gagnant

 © Christophe Grémiot

© Christophe Grémiot

A 21h00, un même soin a été apporté au programme du récital de Lucas Debargue avec les grands chefs-d’œuvre de Chopin en première partie suivis par la Sonate No. 2 de Szymanowski. Jouant lui aussi sans partition, le pianiste a captivé d’emblée son auditoire avec la célèbre Polonaise en la bémol majeur « Héroïque », parfaitement exécutée et de façon très classique. Lucas Debargue est un interprète à part qui soulève autant l’enthousiasme que l’incompréhension. Venu de façon assez chaotique au piano, il a un parcours atypique que semblent lui reprocher certains gardiens du temple. Après s’être formé en autodidacte, il a rejoint la classe de Rena Shereshevskaya et le conservatoire à 20 ans, à l’âge où la plupart des élèves en sortent. Sur scène, les amateurs qui découvrent le jeune pianiste pour la première fois seront certainement déroutés de ne jamais trouver d’excentricité dans son jeu, d’effets de manche ou de démonstration.

Lucas Debargue est un interprète sensible et très intelligent qui sert les œuvres avec beaucoup d’inventions et de liberté. La Barcarolle en fa dièse majeur raconte une histoire. Dans le Scherzo No. 2 opus 31, il prend certes quelques libertés mais le jeu n’est jamais outrancier et la maîtrise technique impressionnante. Elle lui permet de faire ce qu’il veut, d’accélérer, de jouer des contrastes pour mettre en avant telle phrase comme un grand, un très grand artiste. Le Nocturne No. 1 opus 48 est aérien et aurait pu l’être encore plus car une fois conquis, le public reste en apesanteur. Le Scherzo No. 1 opus 20 comme la grande Sonate No. 2 de Szymanowski est enflammé et passionné avec une virtuosité décoiffante. Lucas Debargue nous enivre de beau son, sans esbrouffe comme dans les bis, avec ce Scarlatti où l’on a de nouveau atteint la perfection.

A la fin de cette journée particulière, le public était debout pour saluer le grand artiste puis il a accueilli les élèves entourant Rena Shereshevskaya pour ce bel hommage aux pianistes de La Roque d'Anthéron.

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