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Michael Barenboim : "Je poursuis la grande tradition de ma grand-mère"

Michael Barenboim : "Je poursuis la grande tradition de ma grand-mère"

Lorsque l’on vient d’une illustre famille de musiciens, il est parfois délicat de se faire un prénom. Il a été pourtant facile à Michael Barenboim de devenir en quelques années, un violoniste qui compte aujourd’hui. A 34 ans, il pourrait sans doute se vanter comme aucun autre, des rencontres qu’il a pu faire et qui ont certainement nourri son art. Pourtant, le jeune homme reste humble et préfère parler sérieusement du travail de violoniste. Pour cet artiste concerné, le répertoire n’a pas de frontière. Même si ses interprétations du Concerto de Schönberg sont particulièrement réputées, le répertoire classique et romantique constitue son univers, à part égale. Lors d’un entretien qu’il nous a accordé dans un français brillant et impeccable, Michael Barenboim a évoqué Pierre Boulez, les compositeurs contemporains et Schönberg. La technique instrumentale et la transmission ont également été développées par ce professeur qui restitue sans doute avec profondeur les multiples dons dont il a hérité. Bon sang ne saurait mentir…

Michael Barenboim © Marcus Höhn

Michael Barenboim © Marcus Höhn

On va pouvoir vous applaudir prochainement à Paris dans des œuvres de Tartini, Paganini, Berio et Sciarrino. Comment vous est venue l’idée du programme ?

Je m’inspire de mon dernier disque paru il y a quelques mois. Un film a été réalisé pour Classica HD et les producteurs ont trouvé un titre « Généalogie de la virtuosité » qui convient tout à fait. Il s’agit d’un programme qui suit une histoire du violon italien. Chaque compositeur a son langage et son propre caractère mais l’on entend une continuité dans le discours. Sciarrino dans les Sei Capricci reprend et s’inspire des idées de Paganini. On pourrait jouer ses célèbres 24 caprices à la suite mais c’est sans doute fou à écouter. Je trouve que ces œuvres deviennent plus riches si on les entend en résonnance avec Sciarrino par exemple.

Et Berio ?

Le mélomane qui aime le contemporain ne peut pas passer à côté des Sequenza. Dans les années 70, avec Sciarrino, ces deux compositeurs réfléchissent et composent pour le violon. Ils arrivent à des conclusions complètement différentes. Le contraste entre eux deux est beaucoup plus extrême qu’entre Berio et Tartini.

Comment vous est venu le goût pour la musique contemporaine ?

J’ai toujours baigné dans cet univers. Et d’ailleurs, je ne comprendrai jamais qu’on puisse passer à côté de cette richesse. Pour un art qui est vivant, c’est bizarre de ne pas s’intéresser à la création. Jouer des œuvres de Mozart et Beethoven, c’est très beau mais cela peut devenir encore plus pertinent si l’on trouve en miroir des compositions d’aujourd’hui. D’un autre côté, un programme construit seulement avec des créations peut se révéler un peu ardu pour le public. J’aime quand le fil conducteur du concert dépasse les époques historiques.

Le goût pour le violon est venu naturellement ou est-ce qu’on vous a obligé, comme dans certaines familles, à faire le même métier que vos parents ?

(Rires)… Dans ma famille, tout le monde est pianiste sauf ma grand-mère maternelle qui jouait du violon. Elle a fait partie de l’orchestre du Bolshoï et quand j’étais petit, elle m’aidait après les cours. En fait, je poursuis la grande tradition de ma grand-mère !

Un enfant qui est entouré par des instruments de musique va vouloir essayer même si c’est juste pour s’amuser. Ensuite, il faut franchir le pas et cela ne va pas de soi, même dans une famille de musiciens. Il faut vraiment le vouloir car l’on sait que derrière, c’est un travail énorme qui vous attend.

Michael Barenboim © Marcus Höhn

Michael Barenboim © Marcus Höhn

Vous travaillez votre violon tous les jours ?

Un violoniste doit faire ses gammes et ses études toute sa vie. Tous les jours, même le week-end, c’est comme se brosser les dents ! Nous devons faire le même mouvement des heures pour l’affiner. Même lorsque vous avez l’impression de maîtriser l’étude, ce n’est jamais acquis. Comme pour les sportifs, la question musculaire est importante et il faut faire attention. Le travail est monstrueux. Ce n’est pas pour ça que l’on aime être musicien mais sans cela, vous ne pouvez pas bien jouer. Tous les plus grands solistes comme les violonistes d’orchestre passent par là…

Parlez-nous de votre instrument…

C’est un stradivarius qui n’a pas d’histoire particulière mais j’ai beaucoup de chance de pouvoir jouer sur un tel instrument. J’adore ce violon. J’ai eu l’occasion d’avoir en main un instrument baroque. C’est intéressant techniquement de se rendre compte de la différence de réaction. Cependant, je joue avec un archet et sur des cordes modernes. Je pense que les spectateurs ne prêtent pas beaucoup attention à l’archet que l’on utilise si le son est là.

Vous avez étudié en France et en Allemagne ?

Je suis né à Paris et nous avons déménagé à Berlin où j’habite depuis l’âge de mes 7 ans. J’étais en classe au Lycée français et je suis revenu à Paris pour faire Khâgne puis des études de philosophie. Ensuite, je suis entré au conservatoire à Rostock où j’ai bossé vraiment très dur pour retrouver un niveau de jeu satisfaisant. En prépa, je n’avais pas du tout eu le temps de pratiquer mon instrument. La philosophie c’est génial et même si elle aide à la compréhension de la musique, ce n’est pas la matière qui va vous permettre de jouer les caprices de Paganini.

Vous avez reçu l’enseignement d’Axel Wilczok…

Oui, c’est émouvant car il est décédé en mars dernier. Il s’était installé à Berlin et j’ai d’ailleurs repris une partie de sa classe.

Parce que vous êtes également professeur ?

J’enseigne le violon et la musique de chambre à la Barenboim-Said Akademie qui partage le bâtiment avec la Pierre Boulez Saal. Les étudiants ont une chance incroyable de pouvoir suivre un cursus complet avec toutes les matières traditionnelles : histoire, littérature, philo… et la pratique instrumentale. Cela aurait été le rêve pour moi !

L’académie a été créée dans le même esprit de rapprochement que le West–Eastern Divan Orchestra avec des étudiants qui viennent pour la plupart du Moyen-Orient. Les Akademiekonzerten leur offrent une belle opportunité de jouer dans la Pierre Boulez Saal et ils sont très appréciés par le public.

Quelle est la place de la musique de chambre dans votre carrière ?

Daniel Barenboim, Michael Barenboim et Kian Soltani © Peter Adamik

Daniel Barenboim, Michael Barenboim et Kian Soltani © Peter Adamik

Cette saison nous jouons les trios de Mozart avec mon père et Kian Soltani. Je fais partie du Quatuor Erlenbusch. Comme nous sommes tous sollicités à droite et à gauche, nous n’avons pas souvent l’occasion de nous produire mais nous aimons beaucoup nous retrouver. Pour un instrumentiste à cordes, la meilleure manière d’apprendre la musique de chambre est dans un quatuor. Le travail y est conséquent car ce sont au moins six heures de répétition par jour mais c’est la meilleure école.

Les concerts avec orchestre occupent une place plus importante. Est-il nécessaire pour un artiste de posséder tous les grands concertos à son répertoire ?

Non pas forcément. Voyez certains artistes qui sont capables de jouer toujours le même concerto, ils font cela très bien. Le monde de la musique classique peut avoir parfois une vision un peu réduite. Certains solistes sont vus comme « celui qui joue bien cette pièce ». Personnellement, j’ai une peur irrationnelle de devenir un artiste routinier condamné à jouer toujours la même chose. C’est sans doute pour cette raison que je m’efforce à retravailler sans cesse les morceaux, de trouver de nouvelles approches. Le réchauffage au micro-onde, très peu pour moi...

Vous avez eu l’occasion de jouer le Concerto de Schönberg avec Pierre Boulez…

J’ai connu Pierre Boulez alors que je n’étais qu’un enfant et je l’ai toujours admiré. La première fois que j’ai joué le concerto, ce ne devait pas être encore en place. Il a fait preuve de patience en m’expliquant énormément de choses. J’ai eu l’occasion de le refaire peut-être cinq ou six fois quand il venait à Berlin.

Les rencontres peuvent nourrir l’interprétation ?

Bien sûr… Le soliste fait un travail manuel mais grâce aux rencontres, il devient intellectuel. Le concert idéal est toujours celui où l’on construit tous ensemble, orchestre, chef et soliste. La musique arrive naturellement. Les chefs ont souvent des personnalités très affirmées mais le son de l’orchestre peut aussi avoir une influence sur votre jeu. Tout dépend des morceaux. Le danger à éviter serait de jouer chacun pour soi avant de rentrer à la maison sans réel plaisir.

Il y a des salles que vous affectionnez plus que d’autres ?

La Pierre Boulez Saal, c’est un peu comme chez moi. Avec sa forme ovale, la salle offre une expérience vraiment unique car on a l’impression de jouer avec les artistes sur scène. On y trouve un esprit particulier grâce Frank Gehry qui était un proche de Boulez. Ils partageaient la même esthétique que l’on retrouve bien ici, il me semble. Et puis, j’aime aussi les parquets qui craquent comme avec le génial Musikverein. A Vienne, la Konzerthaus est magnifique et la petite salle de musique de chambre aussi d’ailleurs. A Paris, j’adore la nouvelle Philharmonie qui possède une acoustique spectaculaire. Même la musique de chambre y sonne incroyablement. J’aime les salles modernes comme les anciennes, l’idéal étant de pouvoir jouer dans les deux…

Quels sont les prochains rendez-vous ?

Je vais jouer le concerto de Glazunov à Dresde et au Brésil. Dans les rendez-vous à venir, après San Diego, je serai à Los Angeles pour interpréter Mozart avec Gustavo Dudamel. Nous avons la création à Berlin d’une œuvre de Kareem Roustom, compositeur américain d’origine syrienne qui s’annonce très bien. Dans l’impressionnant auditorium de Tenerife de l’architecte Calatrava, je vais interpréter le Concerto de Berg qui est tellement beau. Il y a plein d’autres choses qui arrivent comme le premier Concerto de Widmann en septembre. C’est une œuvre intense qui dure une demi-heure et où le violoniste joue sans arrêt. Quand Christian Tetzlaff a fait la création, il a eu besoin d’une tourneuse de page. La musique de Widmann est très forte. Il enseigne la composition à l’académie de Berlin d’ailleurs…

Est-ce que vous avez des velléités de composer vous-même ?

Moi ? J’ai déjà suffisamment à faire avec mon violon ! (rires)

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