Classique c'est cool

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Rinaldo à la fois sur scène et chez soi

Que nous reste-t-il ? Les mélomanes un peu partout dans le monde ne peuvent plus se rendre dans les salles. Et si tu ne vas pas à Lagardère, les opéras viendront à toi. C’est le cas de ce nouveau CD que l’on peut écouter chez soi comme si nous y étions. Explications…

Il y a des parutions que l’on souhaite défendre plus que d’autres même si le résultat n’est pas forcément à la hauteur des exigences. Le label HDB Sonus est un nouveau venu qui tente l’aventure de la vente par internet sans passer par les mastodontes de la distribution ou autres géants du Web. Le très beau CD Rinaldo est le tout premier numéro du catalogue. Un soin particulier a été apporté à l’objet avec un livret en couleur où les choix esthétiques se font discrètement remarquer. Les nombreuses photos issues d’une production scénique permettent une présentation amusante de la distribution avec la photo de chaque artiste dans son costume de scène. 

 

Rinaldo, c’est elle !

G.F. Händel: Rinaldo - Accademia Bizantina, Ottavio Dantone © F. zovadelli

En choisissant de sortir un enregistrement pris sur le vif (à l’occasion de représentations au Teatro Sociale di Como, en janvier 2019), le label risque les comparaisons défavorables avec des éditions de studio, forcément plus léchées. Ce que l’on perd en perfection vocale, on le gagne souvent en théâtre. Difficile alors de juger les prestations vocales avec autant de sévérité même s’il faut reconnaître que certains interprètes irradient au-delà de la prise de son. C’est le cas de Delphine Galou, superbe contralto. Dans le rôle-titre, elle s’impose avec des vocalises impeccables et un sens du théâtre de chaque instant livrant une interprétation sensible et marquante. Alors que l’ouvrage regorge de tubes, les enregistrements de Rinaldo qui reste l’un des plus grands opéras de Haendel sont finalement peu nombreux ! Actuellement, Delphine Galou est un noble outsider face à David Daniels et Vivica Genaux dans les versions de Christopher Hogwood et de René Jacobs, les plus souvent référencées. A l’opposé, Maria Sarra semble plus en difficulté à s’imposer dans le rôle d’Armida comme Raffaele Pe mal assuré qui rate une partie de sa prestation. Sur scène, Luigi De Donato (Argante) s’impose naturellement avec une voix ample et bien projetée. Etrangement, la captation tend à éteindre les couleurs de cette très belle basse au timbre chaud et enrobant. 

 

Rinaldo, c’est lui !

Ottavio Dantone © Giulia Papetti

Le choix de Francesca Aspromonte dans le rôle d’Almirena se révèle payant. Avec une personnalité vocale affirmée, la soprano dessine le personnage de caractère attendu. Loin des évanescences, ce timbre corsé offre enfin du théâtre dans l'aria Lascia ch'io pianga. Un véritable dialogue avec l’orchestre rafraîchit l’écoute tant rabâchée de cet air sublime. A la tête de son Accademia Bizantina, l’on retrouve avec bonheur un Ottavio Dantone des grands soirs. La prise sur le vif permet de juger d’un travail sensible et perspicace. En s’appuyant sur l’édition critique de Bernardo Ticci, le chef a coupé quelques numéros pour proposer une version théâtrale convaincante usant des contrastes et affirmant à plusieurs reprises sa personnalité. Avec les deux têtes d’affiche, l’orchestre est au premier plan de cet enregistrement d’un nouveau Rinaldo à écouter chez soi avec l’impression d’être à l’opéra et qu’il sera agréable de posséder aux côtés des versions studio de référence. 

 

G.F. Händel: Rinaldo - Accademia Bizantina, Ottavio Dantone (live recording)

Sortie le 3 juillet 2020 sous le label HDB Sonus