Classique c'est cool

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Marie-Laure Garnier ouvre son cabaret en Martinique

Il est en ce moment très difficile d’imaginer que des concerts puissent se tenir en présentiel, artistes et spectateurs dans la même salle ! Et pourtant, la Martinique a accueilli le Festival Filao où la soprano Marie-Laure Garnier a ouvert les portes de son cabaret. Explication… 

(c) Gilles Moisset / Festival Filao

Toutes les salles étant tristement fermées dans l’hexagone une chance incroyable a permis aux habitants de Saint-Pierre en Martinique d’assister aux concerts programmés dans le cadre du Festival Filao qui s’est tenu du 17 au 20 Décembre 2020. Le duo Fabrice di Falco et Julien Leleu (respectivement direction artistique et président du Festival) a invité de très grands noms de l’art lyrique comme Karine Deshayes ou Jeff Cohen et également les nouveaux talents. La soprano Marie-Laure Garnier forme un duo avec la pianiste Célia Oneto Bensaid déjà bien connu des mélomanes pour avoir illuminé, entre autres, les soirées du Festival de Royaumont ou celles du Musée d’Orsay. Dans la cathédrale de la charmante ville d'art et de patrimoine martiniquaise, elles ont offert un éclatant récital intitulé "Life is a Cabaret".

Architecture et oeuvres d'art

(c) Gilles Moisset / Festival Filao

Il existe bien des façons de construire un récital de chant, la plus courante en ce moment étant de débuter avec quelques mélodies puis d’attaquer rapidement les grands airs d’opéra, la démonstration vocale servant le plus souvent de prétexte. Or, les mélomanes perdent en chemin un art subtil construit sur le mot et les différentes textures musicales. Peu d’artistes possèdent le talent de savoir monter un programme faisant alterner les rythmes, les couleurs, les atmosphères et également, les morceaux connus et les découvertes (le jeu étant de ne pas raser son auditoire et de le perdre en cours de route). L’architecture du programme de "Life is a Cabaret" avec des pièces signées Poulenc, Weill, Zemlinsky ou encore Gershwin articulées autour des Cabaret Songs de Bolcom est d’une rare intelligence et digne de tous les éloges. Les Chemins de l’amour de Poulenc suivi d’un exquis Summertime de Gershwin alternent avec des Lied de Zemlinsky, grand compositeur souvent négligé ou justement ces très rares Cabaret Songs, pourtant dignes d’intérêt.

Le Cabaret du paradis lointain

© Gaspard Ferraty / Festival Filao

La réussite tient bien sûr d’une parfaite fusion entre les deux artistes. L’osmose est évidente entre le piano de Célia Oneto Bensaid et le chant de Marie-Laure Garnier qui interprètent chaque mot avec acuité. La diction remarquable de la soprano est soulignée par une phrase pianistique toujours ciselée et irrésistiblement imagée. Un exemple simple, il suffit d’une note dans le Summertime pourtant rabâché pour être transporté dans la chaleur du sud américain. Côté vocal, Marie-Laure Garnier trouve toujours le ton juste entre grand lyrique, voix chantée et parlée. Elle passe avec aisance de la mélodie française, aux songs et spirituals américains ou au Lied allemand. Plus d’une fois, le timbre admirable et séduisant fait complètement chavirer. Quelques aigus un peu tirés n’empêchent pas les très grands moments de musique et de théâtre. Les mélodies de Weill en français offrent un terrain de jeu pour la comédienne qui subtilement tisse son faisceau d’images pour mieux émouvoir. Je ne t’aime pas ou Youkali raconté entre les rangs des spectateurs restent parmi les temps forts d’un récital qui nous aura fait voyager.

Marie-Laure Garnier est actuellement en lice pour une Victoire de la Musique dans la catégorie Révélation lyrique. Sans vendre la peau de l’ours ou sous-estimer ses concurrents, on imagine difficilement la récompense lui échapper car il est évident que la soprano est non seulement une révélation mais déjà un vrai talent avec qui il faut compter, tout comme sa partenaire Célia Oneto Bensaid.