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Bach embrasse les larmes et les cris de Zimmermann

Bach embrasse les larmes et les cris de Zimmermann

En découvrant l‘affiche du concert de l’Orchestre de Paris du 20 octobre 2016 à la Philharmonie avec des œuvres de Bach au programme, le spectateur habitué aurait pu se poser la question de la légitimité du retour des partitions du compositeur majeur du XVIIIe sur les pupitres d’un grand orchestre classique. Une fois dans la salle, les premières notes allaient lui faire oublier le débat. Il était alors encore loin d’imaginer le véritable choc qu’il n’allait pas tarder à recevoir. Des extraits de la Passion selon Saint Jean et la cantate BWV 60 enchâssaient « Ich wandte mich und sah an alles Unrecht, das geschah unter der Sonne » de Bernd Alois Zimmermann d’une force redoutable et sans nul doute, le point culminant de ce concert hors norme. 

 © Anita Schmid

© Anita Schmid

Dès les premières mesures du chœur d’entrée « Herr, unser Herrscher… », un événement inhabituel est venu bousculer l’écoute car l’un des deux récitants est intervenu sur la musique avec la lecture du chapitre 1 de l’Ecclésiaste. Le texte aura donc eut son importance, ce qu’a confirmé un dispositif de surtitrage au dessus de la scène. 

Thomas Hengelbrock (dont c’était le premier concert à la tête de l’Orchestre de Paris en tant que chef associé) a apporté un soin tout particulier, notamment en choisissant lui-même la version française des textes de l’œuvre de Zimmermann. Dans Bach, il a fait preuve de sa maîtrise du répertoire baroque avec des attaques franches et surtout, une vision. Le créateur du Balthasar-Neumann Ensemble est venu avec son bagage et la fusion s’est opérée avec naturel. Après le travail formidable effectué avec Paavo Järvi et les débuts très prometteurs du nouveau directeur musical Daniel Harding (notamment lors d’un très beau concert Schumann avec Christian Gerhaher), on est heureux d’avoir retrouvé l’Orchestre de Paris à son meilleur. Il a manqué en revanche une couleur baroque au chœur qui malgré son investissement n’a pas autant convaincu même si le decrescendo final sur « Es ist genug » a été tout à fait saisissant. 

Georg Nigl, baryton impressionnant

Le plateau vocal était hétérogène avec Anna Lucia Richter, soprano anecdotique et Ann Hallenberg, mezzo très émouvante dans la cantate BWV 60 même si, placée derrière l’orchestre la voix a manqué un peu de projection. Lothar Odinius, ténor allemand, a été un évangéliste convaincant qui s’est très bien tiré du redoutable air « Ach, mein Sinn » mais le vrai triomphateur de la soirée a été l’incroyable baryton Georg Nigl. Les spectateurs parisiens ont pu mesurer l’étendue de son immense talent, déjà très apprécié outre-Rhin. Le chanteur a utilisé d’impressionnants moyens avec facilité, aussi à l’aise dans les douceurs de Bach que déchirant dans Zimmermann.

Le compositeur qui s’est donné la mort cinq jours après l’achèvement de la partition a signé avec cette action ecclésiastique comme un testament sonore où la tension est continue. Dans les longues phrases entièrement sur le souffle du baryton ou les déflagrations de l’orchestre, les artistes (dont les deux récitants Georges Lavaudant et André Wilms, bouleversants) ont été sollicités jusqu’à la limite d’une émotion supportable. Un coup de poing qu’est juste venu adoucir la cantate BWV 60 de Bach même si, ici encore, les mots nous ont rattrapés : « La vue de la tombe ouverte m’inspire l’horreur ».

 

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