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Anita Rachvelishvili au Met, nouveau triomphe dans Verdi

Anita Rachvelishvili au Met, nouveau triomphe dans Verdi

C’est un temple, une institution, un opéra incontournable... Le Metropolitan Opera est le plus grand grâce aux prestigieuses distributions et aux productions stupéfiantes ! Avec Il Trovatore, le chef-d’œuvre de Verdi, l’on s’attend à l’extase. Mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! Explications…

 Anita Rachvelishvili © Karen Almond / Metropolitan Opera

Anita Rachvelishvili © Karen Almond / Metropolitan Opera

Le Metropolitan Opera de New York est la scène la plus importante sur le sol américain et l’une des plus grandes institutions du monde lyrique. Nul voyage musical digne de ce nom ne peut faire l’impasse sur le célèbre Met dont la réputation est entretenue par les prestigieuses retransmissions dans les salles de cinéma, aux quatre coins de la planète. Pourtant, comme pour tous les opéras dans le monde il y a les grands soirs et des représentations moins intenses.

A l’affiche du 9 février 2018, Il Trovatore de Verdi avait bien des atouts pour lui. James Levine, le célèbre chef d’orchestre de 74 ans était annoncé à la direction. La maladie l’ayant écarté du pupitre plusieurs saisons, son retour était attendu avec bienveillance. Mais le scandale (il est suspecté d’abus sexuels) est venu ternir la réputation de l’homme, directeur de l’établissement pendant 40 ans. Prudent, le Metropolitan a préféré écarter son chef d’orchestre « Emeritus » pour faire appel à Marco Armiliato. Plus routinier que vraiment inspiré, frisant parfois le prosaïsme, il a néanmoins dirigé avec métier un orchestre somptueux et un chœur, proche de l’idéal. Acteur à part entière dans la partition de Verdi, l’ensemble est juste, nuancé et très vivant avec pour les messieurs, une superbe couleur de timbre. 

Quant à la distribution vocale, elle n’aura répondu aux attentes qu’en partie. Il faut dire que l’exigence est plus élevée lorsqu’il s’agit du Metropolitan qui nous a habitué à un tel niveau d’excellence que la moindre erreur de casting se transforme vite en lourde déception. 
Deux semaines avant le début des représentations, dans le rôle de Leonora l’on apprenait le désistement de Maria Agresta pour raison médicale. Jennifer Rowley a donc relevé le gant mais était-ce une bonne idée ?

Les méchants volent la vedette aux héros

Sous l’effet de loupe de la grande salle, l’honnête soprano expose de nombreuses insuffisances vocales et scéniques. L’aigu est tiré et la justesse pas toujours au rendez-vous, le pire étant sans doute un jeu d’actrice qui aurait eu beaucoup plus de succès au temps du cinéma muet. Un manque de répétition serait une excuse envisageable si nous n’étions pas à la septième représentation de l’opéra. Dans le rôle de Manrico, le ténor Yonghoon Lee manque lui aussi de crédibilité sur scène affichant toujours la même expression grimaçante, trop limitée pour rendre le tourment. La voix sans grande précision dans les vocalises est pourtant vaillante et solide mais semble un cran en dessous dans les ensembles.

Le baryton Luca Salsi écrase facilement ses partenaires dans le trio du premier acte avec une présence imposante. Il rend justice à la mise en scène virile de David McVicar. Il campe un Conte di Luna noir à souhait avec une voix bien en place qui pourrait oser plus de raffinement. L’interprétation anecdotique de Kwangchul Youn en Ferrando est rebattue avec un vibrato désormais plus wagnérien que verdien.

Confondante de réalisme, la vraie triomphatrice de la soirée est la mezzo Anita Rachvelishvili qui renouvelle l’exploit de l’Aida des Chorégies d’Orange. Azucena de grande classe, elle brûle les planches avec une savante complexité de jeu, rarement égalée. La voix est superbement tenue avec des pianos, des couleurs et des graves relâchés incroyables. Avec Salsi, elle laisse entrevoir ce qu’aurait pu être un spectacle réussi car la mise en scène de David McVicar sait être spectaculaire (décors sombres et impressionnants) sans oublier la psychologie.

Mais une soirée au Metropolitan Opera de New York n’est jamais complètement ratée. Disons que grâce en partie à l’exceptionnelle Anita Rachvelishvili, cette représentation laissera un souvenir inoubliable aux spectateurs, heureux d’avoir partagé leur enthousiasme pour l’opéra. 

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