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La belle présence de Kaija Saariaho dans l’univers classique

La belle présence de Kaija Saariaho dans l’univers classique

Les 18 concerts de musique contemporaine, au cour desquels les forces de Radio France ont joué soixante-huit œuvres, ont réuni plus de 8000 spectateurs. Contrairement aux idées reçues, la musique d’aujourd’hui ne fait pas fuir, bien au contraire. Lorsque le programme est bon comme souvent pendant Présences, le Festival de création musicale de Radio France, les mélomanes sont en confiance et répondent présents. Les concerts du 16 et 18 février 2017 à l’Auditorium de la maison ronde articulés autour d’œuvres phare de Kaija Saariaho ont conquis le public avec quelques nuances d’appréciation. 

 © Radio France / Christophe Abramowitz

© Radio France / Christophe Abramowitz

Les formations de Radio France également sollicitées

Le 16 février, le Chœur de Radio France et l’Orchestre National de France étaient dirigés par Olari Elts tandis que le 18, Ernest Martínez-Izquierdo prenait la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Il est convenu de dire que l’une des deux formations symphoniques est plus à l’aise que l’autre dans le contemporain mais les deux orchestres ont joué à égalité. Avec engagement, tous les musiciens défendent cette musique comme il se doit, dans le plus grand naturel et avec spontanéité. Dans les âpretés de Modulations de Gérard Grisey, les belles sonorités des trente-trois musiciens rendent lisible et captivante cette musique pour oreilles exercées.

Plus statique, Extinction des choses vues d’Helena Tulve déroule un long et lent crescendo qui met certes l’orchestre en valeur mais qui reste assez plat. Mugarri de Ramon Lazkano est sans doute trop savant et trop long pour susciter l’adhésion immédiate de l’auditeur. Le compositeur a été accueilli cependant très chaleureusement par le chef d’orchestre.  La création mondiale de Polednice pour chœur et orchestre d’Ondrej Adámek est d’un autre acabit. Sur un conte du poète Karel Jaromír Erben, le compositeur décrit l’univers d’un enfant avec de la musique concrète (coin-coin façon Bugs Bunny, bassine qui bouillonne…). L’arrivée de la sorcière balaye ces sonorités du réel. Avec des grincements de porte et une inévitable harpe, nous plongeons dans une atmosphère rendue soudainement inquiétante puis de plus en plus sombre, jusqu’au dernier souffle de l’enfant (exprimé par les saccades des cordes). Le traitement original des chœurs sert un propos qui atteint son but, une émotion vive.

Quatre œuvres de Kaija Saariaho dont deux en création françaises

L’essentiel des concerts portait sur les œuvres de la grande compositrice Kaija Saariaho. Depuis les représentations de L’amour de loin au Théâtre du Châtelet en novembre 2001, les Parisiens réservent toujours un accueil chaleureux à cette musique de l’instabilité pourtant structurée, de l’étrange agréable. Deux créations françaises ont complété les deux œuvres déjà connues. Orion a fait les beaux soirs de la Salle Pleyel et de l’Orchestre de Paris en 2008 avec un enregistrement à la clé. En utilisant l’orchestre classique Saariaho ne s’encombre pas d’artifices pour inventer une musique somptueuse. Le concert du 16 février apporte la confirmation d’une œuvre majeure du XXIe siècle. Interprété par Olivier Latry, Maan Varjot concerto pour orgue semble moins pertinent car mêlé à la pâte sonore de l’orchestre, la clarté de l’orgue de l’auditorium de Radio France se détache moins que la harpe par exemple dans Trans. La compositrice offre dans cette œuvre une grande partition à l’instrument en le plaçant au tout premier plan. Dans ce concerto, c’est la harpe qui entraîne l’orchestre. Xavier de Maistre est souverain. Le harpiste bien connu se fait ici virtuose et on ne cesse d’admirer son jeu précis et profond. 

Autre belle rencontre, le jeune baryton Davóne Tines apporte nuances et délicatesse a True Fire, la co-commande de Radio France. Les six poèmes sont déployés dans de belles phrases et une musique installée dans le déséquilibre. La voix fascine comme dans The Cloud-Flower Lullaby avec ces « shush » répétés et rendus hypnotiques.  Les notes qui tombent sont comme de la musique qui meurt sous nos yeux.
Ces deux belles Présences autour de Saariaho confirment que musique contemporaine et création peuvent rimer avec adhésion, celle des artistes et celle du public. 

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