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Résurrection de la Nonne sanglante à l’Opéra Comique

Résurrection de la Nonne sanglante à l’Opéra Comique

Bien avant le Fantôme de l’Opéra, un spectre rodait déjà dans une oeuvre de Gounod. La Nonne sanglante vient de nouveau effrayer les spectateurs de l’Opéra Comique. Mais avec le super ténor Michael Spyres à l’affiche, peut-on vraiment craindre le pire ? Réponse…

 La Nonne sanglante © Pierre Grosbois

La Nonne sanglante © Pierre Grosbois

Il suffit de demander à un gentil mélomane de citer le nom d’un compositeur d’opéra français pour qu’immanquablement Charles Gounod soit évoqué avec Berlioz, Bizet ou Massenet. Concernant ses grandes oeuvres, il lui sera en revanche un peu plus difficile de nommer plus de trois titres. En effet, Faust et Roméo et Juliette sont les baobabs incontournables cachant une forêt qui ne demande qu’à prendre plus de lumière. Notre fierté nationale a tout de même composé douze opéras dont Mireille et Sapho. En cette année de bicentenaire (Gounod est né à Paris le 17 juin 1818) le Palazzetto Bru Zane et l’Opéra Comique ont joint leurs forces pour ressusciter La Nonne sanglante, deuxième œuvre lyrique créée en 1854, cinq ans avant le célèbre Faust.

Malgré un accueil favorable du public et des critiques de l’époque, l’opéra n’a connu que onze représentations. Inspiré du Moine de Lewis, le livret d’Eugène Scribe qui n’a rien de scandaleux ne plaisait visiblement pas au nouveau directeur de l’Opera de Paris. Qualifiant l’ouvrage d’ordure, il a suspendu toutes les représentations. Ce lundi 4 juin 2018, la salle Favart a donc joué la treizième devant un parterre bien rempli de curieux et de journalistes venus vierges, découvrir la nouvelle production signée David Bobée avec le chœur accentus et l’Insula orchestra dirigés par Laurence Equilbey, très théâtrale.

Quelques incohérences constellent le récit mais l’on se laisse facilement emporter par l’histoire et surtout par la musique de ce premier Gounod, déjà redoutable machine à tube. Le fantôme d’une jolie nonne jadis abandonnée puis trucidée par son amant reprend forme humaine et réclame vengeance. Dilemme et malédiction étant les ressorts de l’Opéra, le coup fatal devra être porté par le ténor héros qui, pour recouvrer l’amour de sa bien-aimée soprano, devra tuer son propre papa baryton. 

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Le metteur en scène David Bobée aborde l’oeuvre frontalement sans se soucier de trop de psychologie et c’est tant mieux. Une scène de combat superbement chorégraphiée ouvre la représentation avec de très belles images qui évoquent les Sabines de David au pays de Game of Thrones. Ces chevaliers hirsutes (très beaux costumes de d’Alain Blanchot) semblent tout droit sortis de la série américaine. Seul le décor pratique constitué de carreaux de faïence noirs évoque plutôt une station de métro décrépie que le royaume de Westeros. L’éclairage finit de créer des ambiances crépusculaires qui dramatisent l’arrivée du spectre de la Nonne, parfaitement réussie.

L’Opéra Comique et le Palazzetto Bru Zane ont mis tous les atouts dans leur manche, à commencer par une distribution dominée par Michael Spyres, ténor en majesté. La voix est miraculeuse, suave, avec une parfaite homogénéité du timbre, des aigus percutants et une technique exemplaire. Il parvient à faire largement applaudir l’air inconnu « Un jour plus pur » et aux paroles pourtant bien prosaïques. Vannina Santoni dans le rôle d’Agnès ne démérite pas, sans toutefois se hisser au même niveau d’excellence. Très engagée sur scène, elle perd parfois la ligne de chant avec une prosodie plus relâchée que son divin partenaire.

 © Pierre Grosbois

© Pierre Grosbois

Dans le rôle de la Nonne noyée dans son sang, Marion Lebègue impressionne. Elle trouve le juste équilibre pour faire vivre son personnage de fantôme avec des moyens vocaux adéquats même s’il lui manque encore un peu de volume. Parfaitement crédible dans le rôle travesti du page Arthur, Jodie Devos campe un véritable petit mec, avec un aplomb mêlé de charme qui font complètement craquer. Vocalement, c’est tout simplement parfait ! Le tout jeune baryton Jérôme Boutillier a remplacé au pied levé André Heyboer souffrant dans le rôle du père. La prestation est remarquable d’aisance et de naturel et fait oublier rapidement ce petit aigu raté. Il faut également citer Jean Teitgen toujours impeccable, Enguerrand de Hys et Oliva Doray qui se font joliment remarquer dans des rôles secondaires.

En ces temps de disette où les théâtres lyriques ne misent plus que sur les blockbusters Traviata, Carmen et Bohème pour remplir leurs salles, il faut saluer l’audace de l’Opéra Comique qui nous offre une fois de plus une parfaite réussite. Qui a peur de la nouveauté ? Pas les mélomanes !

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