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Alain Altinoglu emmène Mozart et tout Vienne au Festival de Pâques d’Aix en Provence

Alain Altinoglu emmène Mozart et tout Vienne au Festival de Pâques d’Aix en Provence

Pas de concurrence, Mozart appartient à tout le monde ! Mais quand le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence programme Le nozze di Figaro en version de concert, le chef Alain Altinoglu relève-t-il le gant ? Apparemment oui et avec de belles manières. Compte-rendu…

 Alain Altinoglu © Caroline Doutre

Alain Altinoglu © Caroline Doutre

Pour tous les grands chefs, Mozart est un passage obligé. A l’opéra, le divin compositeur avec les chefs-d’œuvre de la trilogie da Ponte peut même être considéré comme un marqueur dans une carrière. Après la révolution baroque qui a renouvelé l’approche interprétative, la jeune génération arrive plus sereine et enfin détachée des débats sur la hauteur du diapason. La musique avant tout ! La réputation d’Alain Altinoglu comme chef d’orchestre complet n’est plus à faire. Récemment promu Directeur musical du prestigieux opéra bruxellois La Monnaie-De Munt, il navigue naturellement entre Wagner, Poulenc (impressionnant Dialogues des Carmélites en décembre dernier) et le répertoire symphonique où il se distingue tout autant.

Mozart est un compositeur qu’il a rencontré très tôt dans sa carrière. Il a d’ailleurs travaillé les partitions avec Jean-Claude Malgoire, le grand dénicheur baroque. Aussi, lorsque le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence a annoncé qu’il allait diriger une version de concert des nozze di Figaro, l’enthousiasme des mélomanes a été immédiat.  Ils allaient pouvoir déguster un grand Mozart selon Altinoglu avec comme ingrédient rêvé, les forces du Wiener Staatsoper. Ce lundi 2 avril 2018, la rayonnante tradition était sur la scène du Grand Théâtre de Provence avec un orchestre de référence et une distribution toute fraîche sortie d’une série de représentations à l’Opéra de Vienne. Quelques différences toutefois, dans le rôle du Conte d'Almaviva, Carlos Álvarez se substituait à Simon Keenlyside. En grand professionnel et vocalement souverain, le baryton espagnol s’est fondu dans la troupe déjà constituée avec un naturel bluffant.

Le Figaro invite Alain Altinoglu à entrer dans l’action

La distribution vocale a tenu toutes ses promesses jusqu’au plus petit rôle (inénarrable notaire bègue de Peter Jelosits). Ulrike Helzel et Dan Paul Dumitrescu sont si bien rompus aux rôles des conspirateurs Bartolo et Marcellina qu’il est dommage de ne pas profiter de l’air de la mezzo « Il capro e la capretta » qui a été coupé ici, comme souvent. Le jeune ténor Pavel Kolgatin (ancien lauréat de l’académie lyrique d’Aix) est un luxe dans le rôle de Don Basilio comme le baryton Rafael Fingerlos dans celui d’Antonio. Margarita Gritskova a campé un Cherubino plein d’entrain et si bien chantant que l’on espère la revoir vite sur les scènes françaises.

 © Caroline Doutre

© Caroline Doutre

A suivre de près également, la jeune soprano australienne Bryony Dwyer a fait sensation dans le court rôle de Barbarina, intensément incarné. A l’inverse, Valentina Naforniţa a survolé le rôle en or de Susanna, préférant la frivolité aux subtilités psychologiques. Nonobstant, son air « Deh vieni non tardar » a été aérien et superbe de bout en bout. Avec un timbre assez ressemblant à celui de sa camériste, Olga Bezsmertna dans la Contessa d'Almaviva a été exemplaire de beauté avec des aigus resplendissants notamment dans l’air "Dove sono i bei momenti" toujours très attendu par les aficionados mozartiens. Aux saluts, un triomphe mérité a été également réservé à Jongmin Park, vraie basse idéalement distribuée dans le rôle de Figaro. Avec une voix sonore, le comédien très à l’aise dans la mise en espace a ornementé l’air « Se vuol ballare » avec beaucoup d’esprit.

Prenant parfois part à l’action, Alain Altinoglu s’est prêté de bonne grâce aux facéties de son Figaro. Le chef possède le sens du théâtre et des atmosphères. Dès l’ouverture au tempo vif, la folle journée était lancée et la vie n’a plus quitté le plateau. Disposant d’un orchestre d’opéra superlatif (dont les meilleurs instrumentistes forment le Wiener Philharmoniker), il a excellé avec une direction alerte et toujours très naturelle. Une fois de plus, Mozart était à l’honneur à Aix. Avec la standing ovation, cette représentation fera sans nul doute partie des grandes heures du Festival de Pâques.

Sabine Devieilhe est Melisande au Théâtre des Champs-Elysées

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Raphaël Pichon en pleine Passion au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence

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