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Des images de Mahler dans les fjords norvégiens

Des images de Mahler dans les fjords norvégiens

Des Knaben Wunderhorn, le célèbre cycle de Lieder populaires de Gustav Mahler a servi de trame à un projet artistique audacieux et de belle tenue, bientôt en tournée européenne. 

Lors de la pré-première à Stavanger, le 23 octobre 2014, le dispositif a été essayé pour la première fois, offrant déjà le spectacle d'une expérience plutôt que d'un concert traditionnel. Sur un grand écran planant au-dessus de l'orchestre plongé dans la pénombre, les images réalisées par la metteur en scène belgo-catalane Clara Pons défilent. Sur scène, le célèbre baryton allemand Dietrich Henschel chante les vingt-quatre Lieder, accompagné de l'Orchestre Symphonique de Stavanger, sous la direction de Christian Vásquez.

 Stavanger Symphony Orchestra avec Christian Vasquez et Dietrich Henschel © Emile Ashley

Stavanger Symphony Orchestra avec Christian Vasquez et Dietrich Henschel © Emile Ashley

Gustav Mahler n'a, en réalité, écrit une partition d'orchestre que pour quinze des vingt-quatre poèmes. Neuf nouvelles orchestrations ont donc été confiées à Detlev Glanert, compositeur allemand très réputé. L'illusion est parfaite. Sans une connaissance pointue de la grammaire mahlérienne, il était impossible, lors du concert à la Konserthus de Stavanger, de reconnaître le travail de Glanert. En grand admirateur du compositeur autrichien, il a su se fondre humblement dans l'univers si reconnaissable. Pour que l'ensemble du projet prenne forme, sans contraste, l'idée a été de faire entendre les notes de Mahler et non celle de Detlev Glanert.

 Detlev Glanert, Christian Vásquez, Clara Pons & Dietrich Henschel (c) Emile Ashley

Detlev Glanert, Christian Vásquez, Clara Pons & Dietrich Henschel (c) Emile Ashley

Les amateurs de musique contemporaine n'auront pas de mal à piocher dans la belle saison du Stavanger Symfoniorkester pour combler leur attente car la phalange propose beaucoup de créations. La très bonne acoustique de la salle moderne est un écrin pour la musique Mahler. Christian Vásquez, le jeune chef vénézuélien, a la fougue et le métier nécessaires pour pénétrer l'esprit de l'oeuvre même si sa personnalité ne semble pas encore complètement s'y affirmer. Tout en apportant une attention toute particulière au chanteur, il a réussi à caractériser chaque mélodie avec soin. L'orchestre qui vient de fêter ses soixante-quinze ans, ne couvre jamais le baryton, laissant aux mots une place aussi importante qu'à la musique qu'il défend avec conviction et beauté. Il sera très instructif d'assister aux six autres concerts de la tournée car l'orchestre et le chef seront tous différents, Clara Pons, Dietrich Henschel et Detlev Glanert étant les pivots de cette grande aventure.

 Wunderhorn (c) Clara Pons

Wunderhorn (c) Clara Pons

Les images de Clara Pons restent longtemps en mémoire. La jeune réalisatrice aura mis près de deux ans et demi à faire ce film. Perturbant peut-être le trop grand connaisseur qui cherchera en vain à faire correspondre à tout prix le texte aux images, Clara Pons joue plus sur le dépouillement narratif et la sensation, pour dépasser le cadre du concert. Ses images sont toutes magnifiquement soignées et l'ensemble des vingt-quatre mélodies est parfaitement cohérent. Il y a, tour à tour de la sensualité, de la poésie, de la violence... Dietrich Henschel s'est plié au jeu. Comme un acteur de cinéma crédible, il endosse les habits de soldat, de fermier ou d'amant avec conviction. Les images, comme le texte, évoquent la guerre et l'amour à travers de scènes du quotidien ou des moments plus oniriques. La comédienne Vera Streicher au visage énigmatique, apporte une dimension supplémentaire qui concourt également à la réussite du projet.

 Wunderhorn, Dietrisch Henschel (c) Clara Pons

Wunderhorn, Dietrisch Henschel (c) Clara Pons

Avec Clara Pons, l'autre grand triomphateur est le baryton Dietrich Henschel. Personnalité attachante, il porte sur ses épaules la narration subjective des Wunderhorn. Pour avoir enregistrer le cycle à deux reprises (dans une version orchestrale avec Philippe Herreweghe et en version piano avec Boris Berezovsky), il connaît son Mahler et c'est avec un art consommé qu'il fait passer le texte de façon naturelle. Même si la voix plafonne parfois dans l'aigu (rappelons que même si les Lieder ont vraisemblablement été conçus pour une voix d'homme, il n'est pas rare d'en confier certains à des voix plus aiguës), le diseur reste exceptionnel.

La véritable première de cette plongée mahlérienne aura lieu à Bruxelles, le 13 mars 2015. Pour les mélomanes en quête de sensation et d'immersion totale dans la musique, l'événement est à vivre.

Face à El Publico au Teatro Real

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Prélude de Prades au Théâtre des Champs-Elysées

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