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Tout est permis à l'Opéra de Sydney ?

Tout est permis à l'Opéra de Sydney ?

La tradition est maintenant bien installée au cœur de la saison de l’Opéra de Sydney qui programme chaque année une comédie musicale à succès. Après South Pacific et The King and I, du fameux couple Rodgers & Hammerstein, Cole Porter a été mis à l’honneur ce printemps avec une nouvelle production de Anything Goes. Même si une partie du public habituel de l’opéra pense, à juste titre, que d’autres théâtres à Sydney peuvent accueillir les comédies musicales, les spectateurs enthousiastes ont largement manifesté leur plaisir, lors de la soirée du 21 octobre 2015.

 Caroline O'Connor and Cast dans Anything Goes © Jeff Busby

Caroline O'Connor and Cast dans Anything Goes © Jeff Busby

Tout a été mis en œuvre pour séduire le plus grand nombre, du soin apporté aux décors et costumes, à la mise en scène et aux numéros de danse et de claquettes en passant par une parfaite distribution de professionnels. 
Pour plus d’efficacité, les numéros s’enchaînent sans forcément suivre la partition originale. Depuis la première à Broadway en 1934 et les 420 représentations qui ont suivi, il est devenu courant d’inclure d’autres tubes composés pour les diverses versions cinéma ou bien encore pour d’autres comédies musicales de Cole Porter. Ainsi, à côté des titres bien connus « I Get a Kick Out of You », « You’re the Top » ou « Blow, Gabriel, Blow », les spectateurs ont pu applaudir « It’s De-Lovely » sans pour autant que cela complique une intrigue élémentaire. Un jeune homme aime une jeune fille qui est promise à un autre mais grâce à la complicité d’une chanteuse de night-club reconvertie en évangéliste… on devine aisément le dénouement heureux et les nombreux rebondissements qui vont le précéder !

 Claire Lyon, Todd McKenney, Carmen Duncan, Bartholomew John and Alex Rathgeber in Anything Goes (c) Jeff Busby

Claire Lyon, Todd McKenney, Carmen Duncan, Bartholomew John and Alex Rathgeber in Anything Goes (c) Jeff Busby

Dominant une distribution assez homogène, Caroline O’Connor est une parfaite meneuse de revue qui, en grande professionnelle, sait mettre le public dans sa poche grâce aux multiples clins d’œil et à quelques mimiques bien calibrées. La star a du métier et ses nombreux succès le prouvent sur les scènes de Broadway, de Londres ou de Paris où elle fut Mrs Lovett de Sweeney Todd au Théâtre du Châtelet. A ses côtés, l’hilarant Todd McKenney en fait des tonnes comme son rôle le réclame et réussit parfaitement son numéro en chantant « The Gypsy in Me », la rose entre les dents. Claire Lyon et Alex Rathgeber qui forment le couple central de l’intrigue, possèdent le physique et les voix adéquates. Le reste de la distribution sait donner chair aux personnages de manière plus ou moins appuyée comme Wayne Scott Kermond ou Debora Krizak. Dans le rôle anecdotique du commissaire de bord, la voix de ténor léger du jeune Josh Gates se fait pourtant remarquer. Après avoir chanté très tôt Billy Elliot, la carrière de ce jeune artiste reste à suivre. La troupe de danseurs reste parfaitement synchronisée et nous offre l’un des meilleurs numéros de la soirée lorsqu’à l’unisson, chanteurs et danseurs entament un « Anything Goes » réglé au couteau.

 Deborah Krizak, Wayne Scott Kermond and Gerry Connolly in Anything Goes (c) Jeff Busby

Deborah Krizak, Wayne Scott Kermond and Gerry Connolly in Anything Goes (c) Jeff Busby

Les chanteurs acteurs débordent d’une saine énergie qui fait oublier la production passe-partout où l’on s’amuse bien mais qui ne provoque pas beaucoup d’émotion. En effet, la mise en scène de Dean Bryant certes réussie, manque pourtant d’aspérités et l’on regrette l’absence de second degré qui truffe souvent les chansons de Cole Porter, plus subversives qu’elles n’y paraissent. Anything Goes (ou en français, « Tout est permis ») est finalement trop sagement illustré pour laisser un souvenir impérissable. En attendant la prochaine comédie musicale (My Fair Lady mise en scène par Julie Andrews), les amateurs d’opéra retrouveront leur salle dès le mois de décembre, avec la production imagée de Die Zauberflöte, signée Julie Taymor.

Hugues Rameau-Crays

@HuguesRameau

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