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ADAMI : toujours plus de révélations !

ADAMI : toujours plus de révélations !

Le concert proposé par l'adami, salle Gaveau du mois de septembre 2014, avait révélé dans un concours d'une excellente tenue, trois jeunes chefs d'orchestre, Julien Leroy, Pierre Demoussaud et Corinna Niemeyer (compte-rendu à découvrir ici). Ce 12 janvier 2015, au Théâtre des Bouffes du Nord, les révélations classiques de l'adami offraient, à leur tour, un très beau concert. 
Ils étaient au nombre de huit, sélectionnés par l'Association artistique, quatre jeunes artistes lyriques et quatre solistes : violon, violoncelle, piano et hautbois. Rappelons que la société civile pour l'administration des droits des artistes et musiciens interprètes (l'adami) est cette institution indispensable au monde de la musique qui gère et défend les droits des artistes-interprètes. Grâce à la redevance pour copie privée, l'association assure la promotion et l'accompagnement des artistes avec la production de concerts comme celui du Théâtre des Bouffes du Nord ou dans le cadre des Chorégies d'Orange, le 11 juillet prochain.

 Olivier Stankiewicz, Yan Levionnois, Armelle Khourdoïan, Guillaume Sigier, Rémy Mathieu, Irène Duval, Mathieu Gardon, Eva-Maud Hubeaux © Florent Drillon

Olivier Stankiewicz, Yan Levionnois, Armelle Khourdoïan, Guillaume Sigier, Rémy Mathieu, Irène Duval, Mathieu Gardon, Eva-Maud Hubeaux © Florent Drillon

Le programme, admirablement construit, s'est ouvert avec un extrait du Trio No. 1 de Mendelssohn où Irène Duval, Guillaume Sigier et Yan Levionnois ont joliment joué à l'unisson, avec une belle fougue mais sans emphase. Le jeune hautboïste Olivier Stankiewicz, ensuite, avec la première romance de Schumann a fait preuve d'une douce mélancolie, en usant d'une longueur de souffle remarquablement maîtrisée. Sa deuxième apparition en soliste, dans deux extraits d'une transcription de la partita en la mineur pour flûte de Bach, sera plus impressionnante encore. Utilisant au mieux l'acoustique du théâtre, il a commencé par jouer de dos, en arrivant du fond de la salle. L'effet obtenu était saisissant car il a obtenu de son instrument, un son d'une infinie délicatesse avec de multiples couleurs. Pas étonnant que ce premier prix de la "10th International Oboe Competition of Japan" soit déjà, à 25 ans, le hautbois solo de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse.

Le baryton Mathieu Gardon manque, quant à lui, d'homogénéité dans la belle étendue de sa voix. Les aigus sont bien sonnants mais les graves n'ont pas toute la projection attendue dans l'air d'Hamlet, "O vin, dissipe la tristesse", composé par Ambroise Thomas. L'air de Fritz dans Die tote Stadt de Korngold est bien choisi pour faire entendre un timbre agréable.

 Irène Duval (c) Florent Drillon

Irène Duval (c) Florent Drillon

La violoniste Irène Duval, a laissé une impression contrastée grâce au choix des oeuvres. Dans le deuxième mouvement de la sonate No. 2 de Ravel, elle fait miauler son instrument dans l'esprit "blues" voulu par le compositeur même si le tempo semble un poil lent. Le final de la quatrième sonate d'Ysaÿe offre à l'artiste la virtuosité échevelée qui atteint le public et permet un meilleur aperçu de son grand talent.

Retour à la voix avec le ténor Rémy Mathieu qui, dans le célèbre "Unis dès la plus tendre enfance" extrait d'Iphigénie en Tauride de Gluck, déploie une voix claire avec une diction parfaite, un véritable atout pour le jeune homme à la tenue sur scène légèrement vieux jeu. Hélas, le choix de l'aria "Una furtiva lagrima" mal négocié, n'était pas le bon. Malgré une belle ligne, le ténor a frisé l'accident dans l'aigu. Il ne fait pourtant aucun doute que le jeune artiste a comme l'horizon, une belle carrière. Il faut juste à la voix, assez de temps pour se développer dans l'aigu, comme souvent avec la tessiture de ténor.

 Armelle Khourdoïan (c) Florent Drillon

Armelle Khourdoïan (c) Florent Drillon

Armelle Khourdoïan, la soprano, affiche dans Mozart une assurance déconcertante. D'une belle étendue, la voix naturelle se joue des difficultés, osant les graves et des aigus parfaitement timbrés. Bien évidemment, dans le grand air du Mignon d'ambroise Thomas, "Je suis Titania la blonde...", elle obtient un triomphe grâce à des acrobaties vocales époustouflantes. Tout semble facile pour cette très jolie jeune femme qui devrait se produire bientôt à l'Opéra national de Paris, dans une reprise du Platée de Rameau.

Le jeune violoncelliste Yann Levionnois n'est pas un inconnu car il avait déjà émerveillé les spectateurs de la salle Gaveau dans le redoutable concerto de Chostakovitch, en septembre. Nous retrouvons cet artiste avec grand plaisir pour admirer, une fois de plus, une parfaite maîtrise et une virtuosité impressionnante, dans le Pezzo Capriccio de Tchaikovsky. En deux secondes, il s'imprègne du style de Bach et nous enivre de sonorités pleines dans la Sarabande de la quatrième suite, avec hédonisme.

 Yan Levionnois & Guillaume Sigier (c) Florent Drillon

Yan Levionnois & Guillaume Sigier (c) Florent Drillon

Intervenant à plusieurs reprises au cours du concert, au piano, Guillaume Sigier s'est montré un accompagnateur attentif. Les deux premiers intermezzos des Klavierstücke op. 118 de Brahms constituaient le programme de sa partie soliste. Hors de tout sentimentalisme, son interprétation très raffinée a fait entendre un piano d'une rare beauté.

Remarquée sur les scènes de l'Opéra National de Lyon ou d'Aix-en-Provence, la jeune mezzo Eva-Maud Hubeaux a déjà fait souvent parlé d'elle en remportant de nombreux concours. Son entrée dans le "Cruda sorte...", l'air d'Isabella de L'italiana in Algeri de Rossini a fait grande sensation. Les vocalises précises sont envoyées en rafale et culminent dans un aigu décoiffant. La belle prestation est même impressionnante et constitue sans doute, le temps fort de la soirée déjà riche en grands moments. Le duo suivant, Rosina Figaro, issu du barbier laisse deviner une nature de comédienne. La voix sonore se fera intime et chaude dans l'air de Sapho de Gounod, "Ô ma lyre immortelle". On regrettera à peine les quelques consonnes qui auraient permis à la mezzo de tutoyer la perfection.

 Eva-Maud Hubeaux (c) Florent Drillon

Eva-Maud Hubeaux (c) Florent Drillon

Pour le final, tous les jeunes interprètes se sont retrouvés dans une anecdotique mais réjouissante scène du balcon du West Side Story de Bernstein, reprise en bis.

Assister aux premiers pas d'un jeune artiste est toujours une expérience émouvante. Lorsque comme ce soir, les talents réunis offrent un concert si abouti, le voeux que l'on formule habituellement d'une longue carrière, semblent superflus. Les belles émotions vécues ce soir, sont assurément les nouvelles promesses de beaux lendemains...

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