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Un nouvel espoir à Istanbul grâce à la jeunesse du Borusan

Un nouvel espoir à Istanbul grâce à la jeunesse du Borusan

Qui songe à organiser un tour du monde des grandes capitales de la culture, de l’art et de la musique classique évoquera forcément les noms magiques de Paris, Berlin, New York, Londres, Tokyo, Vienne, Rome… et les grandes villes européennes. Il aurait tort d’oublier cette cité foisonnante où l’art et la musique sont autant d’expressions d’un âme européenne ouverte sur le monde et curieuse de tout, Istanbul. 

 © Harald Hoffmann

© Harald Hoffmann

Loin des clichés des derviches tourneurs et des mille minarets, la ville turque offre aux voyageurs avides de culture plus d’une occasion de s’émerveiller et de se réjouir. Dans les nombreuses galeries d’art ou au musée d’art moderne (le Modern Istanbul), les expositions d’artistes contemporains sont comme une vitrine et le reflet d’une vivacité et d’un goût éclectique. La ville n’a rien à envier à ses voisines françaises, italiennes ou allemandes. Dans ses quartiers chargés d’histoire, l’Art toujours vivant est la meilleure preuve de la vivacité culturelle et intellectuelle du pays. La musique classique ne pouvait qu’y trouver sa place même si Istanbul manque d’un lieu de référence.

Avec un peu du charme du Théâtre des Champs-Elysées, la petite salle du Süreyya Opera House, pourtant inaugurée en 1927, n’accueille la saison d’opéra que depuis 2007 avec la fermeture pour rénovation de l’Atatürk Cultural Center (sombre bloc façon années 70) où se jouaient les opéras et les concerts jusqu’alors. Mais l’absence d’un Musikverein n’a pourtant pas empêché la création d’un nouvel orchestre en 1999. Un désir de philanthropie a conduit la Holding Borusan (un des leaders de l’industrie turque) à étoffer l’orchestre de chambre existant pour donner naissance au Borusan Istanbul Philharmonic Orchestra, composé quasi uniquement de jeunes musiciens turcs. Sous la houlette de Gürer Aykal, la formation est un des plus jeunes orchestres philharmoniques d’Europe et comprend presque autant de femmes que d’hommes. La billetterie ne couvre que 10 % des dépenses totales de l’orchestre, l’équilibre budgétaire étant assuré par les dons des différentes compagnies qui composent le groupe Borusan. 

Depuis la saison 2008-2009, le jeune chef d’orchestre Sasha Goetzel occupe le poste de Chef principal et directeur artistique. Seul maître à bord, il construit ses programmes et veille à la bonne évolution de l’orchestre. 
Lors du concert du 21 février 2013, il a offert, pour la toute première fois à Istanbul, la symphonie No. 3 de Gustav Mahler. L’oeuvre n’est certes pas la plus difficile mais c’est la plus longue jamais écrite par le compositeur viennois. L’articulation des 6 mouvements demandent une maîtrise et un orchestre aux sonorités irréprochables. Le chef a su faire preuve d’une totale maîtrise des climats. L’acoustique très sèche de la salle de concert (le Lüfti Kirdar ICEC) a l’avantage de laisser entendre chaque pupitre très clairement, elle a le désavantage de ne pardonner aucune fausseté. Fort heureusement, les musiciens en grands professionnels sont parfaitement investis et toujours très précis. Les attaques sont nettes et même si les vents sont presque toujours justes, ils ne couvrent jamais leurs camarades musiciens. On pourrait reprocher parfois à Sasha Goetzel un manque de relief dans les reprises et un étirement des tempi, mais l’œuvre réclame ces lenteurs, comme dans le dernier mouvement « Iangsam », une des plus belles pages de Mahler et sans doute le plus beau moment de la soirée. Accompagnée du chœur impeccable de l’Accademia di Santa Cecilia et des chœurs d’enfant, tout aussi parfaits, du Borusan Children’s Choir et du Superar Children’Sand Youth Choir, Monica Groop assurait la partie mezzo de la partition. Voix solide et joliment timbrée, son allemand sur-articulé enlève hélas ! du naturel et empêche de se fondre complètement dans la musique. 

Pour un si jeune orchestre, l’avenir est souriant. Avec d’illustres aînés comme Leyla Gencer ou Fazil Say, il est en passe de devenir une nouvelle référence turque de la musique classique. Les concerts donnés au cours de la saison 2013-2014 seront autant d’occasions de découvrir la belle sonorité et la finesse de jeu de Sascha Goetzel. Le jeune chef s’offrira le luxe d’aborder une œuvre monumentale comme la Missa Solemnis de Beethoven lors d’un festival consacré au compositeur en décembre (où il dirigera notamment Christian Tetzlaff dans le concerto pour violon et Alexei Volodin dans le concerto pour piano No. 5). D’autres noms illustres brilleront sur les affiches annonçant les artistes invités : Valeriy Sokolov, Nicola Benedetti, Rudolph Buchbinder, Anna Vinnitskaya, Alain Altinoglu… et cerise sur le gâteau, la venue pour la première fois de Roberto Alagna ! Le public stambouliote pourra se réjouir et s’enorgueillir car les mélomanes en visite seront comblés par la beauté et la vivacité de la ville et du Borusan Istanbul Philharmonic Orchestra.

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